Un premier film très bien maîtrisé avec une mise en scène ainsi qu'une photographie très soignée et un traitement très touchant et humain de ses sujets.
Les moments durs sont parfaitement contrebalancés par des moments de tendresse souvent drôle, apportant une touche de comédie tout en restant dans des situations bien ancrées dans le réel.
Pas de voyeurisme ici, (cf La scène de viol qui est seulement suggéré, d'une manière glaçante et très efficace),
On sent que la réalisatrice comprend parfaitement les enjeux qui entourent les VSS: les asymétries de pouvoir (le crime subi par Agnes est permis par le rapport hiérarchique avec son professeur), le manque d'empathie et d'écoute des institutions, parfois (souvent) même la complicité (cf la scène chez le médecin légiste et dans le bureau de la direction), la difficulté matérielle de faire reconnaître un viol (cf le dialogue au tribunal).
Même la question de quoi faire des violeurs et des agresseurs est évoqué, avec un angle que l'on ne voit pas beaucoup, un angle anti carcéral. La raison pour laquelle Agnes ne veut pas porter plainte est que son agresseur a un enfant et que la prison n'arrêterait pas de faire de lui un prédateur. Elle ajoute qu'elle ne veut même pas qu'il meurt, seulement qu'il ne viole plus. Le message est clair: la prison détruit des vies, pas seulement celle de la personne incarcérée; ce n'est pas une solution satisfaisante dans la mesure où elle intervient trop tard, après que le crime soit commis et elle ne fait pas en sorte que les agresseurs n'en soient plus. Cet angle pose deux question plus globale de, comment faire pour que soit réhabilité les agresseurs de sorte qu'il ne recommence plus, et au long terme, pour que les VSS ne soit plus possible ? Angle anti carcéral dur à tenir mais qui complexifie le débat et qui pose des questions de long terme, pour le meilleur.
Ce qui est fort et que le film peut s'analyser avec un angle macroscopique à partir d'une histoire individuelle, qui centre son propos avant tout sur comment se remettre d'un viol en tant que femme.
L'œuvre nous montrera qu'il n'y a pas de recette miracle mais des ingrédients clés que sont la patience, la sororité, la solidarité, l'écoute, l'empathie, la confiance, la tendresse, la sincérité, l'amour réciproque. Tous ces ingrédients que nous avons la responsabilité d'apporter aux victimes de notre entourage , mais également lorsqu'ils ne sont, à notre connaissance, pas victime et parfois même à d'illustres inconnus car on ne sait jamais à l'avance ce qu'on traversé les gens.
Et oui car, même si le propos principal est avant tout féministe et tournée vers la sororité, j'y vois également un propos plus universel qui est tout simplement un appel à l'empathie. Appel à l'empathie qui donne tout son sens à la scène finale et au titre:
Sorry, baby, pour toute la souffrance que tu vas endurer, Mais je serai une personne de confiance pour toi.