En lançant Sorry, Baby j'avais un peu du film ego-trip thérapeutique à la manière d'un Beau Is Afraid mais ce n'est pas du tout le cas, Eva Victor arrive à rendre universelle son histoire.
Cependant ce qui m'a le plus déplu c'est clairement la mise en scène sans aucune originalité qui ressemble à n'importe quel film indépendant américain, des tonnes de surcadrage, tout doit être absolument symétrique. Certains diront que c'est le but recherché pour instaurer une certaine froideur mais justement le film joue clairement sur un ton léger (qui est vraiment bien géré par ailleurs dans les dialogues) je trouve ça tellement dommage de tomber dans ce piège là. J'irai pas jusqu'à dire une uniformisation des films A24 mais presque, pour It Comes At Night par exemple c'était clairement le cas. Parfois c'est même un peu lourdingue comme toute la séquence dans la baignoire avec son petit ami avec du surcadrage partout soi-disant évocateur mais ça en fait juste des caisses... parfois il faut juste faire confiance à ses acteurs et à la compréhension du spectateur.
Heureusement Eva Victor a l'intelligence de sortir de ses cadres sans aucune originalité pour filmer des conversations où surgit enfin toute cette humanité qu'on cherche tant, car c'est de ça qu'il s'agit finalement, il y a un aspect très écrit mais franchement je tombe quand même dedans parce que c'est beaucoup trop sincère et que ça touche en plein cœur (à part le dernier monologue que je trouve un poil too much et qui est là pour vraiment surligner un propos qu'on avait déjà bien compris (et puis surtout L'une chante l'autre pas le fait bien mieux, oui j'étais obligé de caser Agnès Varda hehe)). Le dialogue du sandwich est par exemple ce qu'il y a de plus beau dans le film je trouve, Eva Victor sort complètement de ses cadres superficiels pour filmer 2 personnes qui dialoguent et la magie opère directement.
Le film traite bien évidemment intelligemment des PTSD avec une touche d'humour qui marche plutôt bien et surtout ce propos anti-carcéral que je n'avais pas vu venir et qui est très bien amené. On ne traite pas le violeur comme un monstre mais comme un humain dont il faudra tout faire pour qu'il ne refasse pas souffrir d'autres personnes, l'envoyer en prison n'y changera rien à ce niveau-là, toute la séquence au tribunal est hyper juste à ce niveau-là.
La longue séquence dans la voiture, ceux qui ont vu le film sauront de quoi je parle, est très puissante cependant je pense que si Eva Victor avait fait confiance à la puissance de cette scène et qu'elle aurait enlever tout fond sonore pour laisser un silence bien plus fort et évocateur ça l'aurait été d'autant plus, fais confiance à ta scène Eva et fais confiance au spectateur, les connexions s'opèrent par le silence dans ces moments-là.
Bon ayant aimé le film je vais quand même terminer la review sur une note positive : on sent le film fait par une femme pour les femmes (même si c'est con de dire vu que des hommes peuvent aussi se sentir concernés) et qu'on a enfin des films qui traitent des traumatismes, malheureusement très courant, mais bien trop sous représentés au cinéma. C'est bien de voir des jeunes talents comme Eva Victor pouvoir exprimer leur point de vue sur un sujet si important et en le faisant de la manière la plus sincère possible. Rien que pour ça il faut le voir je pense.