Quand on se lance dans un film du début des années 60, ayant pour sujet la révolution cubaine et coproduit par les régimes cubain et soviétique, on ne se fait pas vraiment de doute sur l'aspect propagandiste de ce que l'on s'apprête à voir.
Et effectivement on est plutôt servi de ce côté à, le film se veut très manichéen, et à aucun moment dans son discours il ne fait semblant d'être autre chose qu'un film de propagande : les américains sont des ogres pervers venue spolier le peuple cubain de ses terres et violer ses filles, le régime de Batista n'est composé que de brutes et le peuple cubain tout entier a les yeux qui brule du feu de la révolution.
Et pourtant ... Le film été placé entre les mains de Mikhail Kalatozov. Et un peu plus de 2h20 et quatre segments suffiraient à convaincre n'importe qui : personne ne film comme Kalatozov. Mieux encore, personne ne dispose d'un chef opérateur comme Sergueï Ouroussevski.
Le film est formellement sublime, le N&B, le grand angle, la caméra portée et en mouvement constant, l'enchainement de plans séquences plus fous les uns que les autres et débordant d'une énergie incroyable rendent l'expérience unique. Le régime castriste voulait un film à sa gloire, il l'a eu, mais impossible de penser que l'intention de Kalatozov se limitait à ce simple cahier des charges, lui était là pour la beauté du geste. Son geste est formidablement beau.
Pour les bémols, il ne sont pas évidemment pas esthétiques, mais je dirai que le métrage aurait mérité d'être un peu plus court, la dernière partie étant un peu redondante malgré là-aussi de belles séquences, et l'acting est parfois un peu étrange, notamment lorsque les personnages son américains. A noter également que la voie off - qui est une bonne idée puisqu'en donnant une voie à Cuba on s'éloigne un peu du spectre du parti castriste pour embrasser une vision un peu plus universelle - à tendance à verbaliser ce qui n'a pas besoin de l'être, la mise en scène se suffisant amplement.
Soy Cuba reste une expérience incroyable du point de vue formel, il est presque étonnant de ne pas retrouver son héritage plus largement dans le paysage cinématographique moderne.