Je ne savais pas, en lançant le film, que c'était un remake. Je connaissais le film de Hawks, La dame du vendredi. Dans le film de Hawks, Hildy est une femme, ici c'est un homme : je me suis dit que c'était un choix logique pour Wilder, qu'il aimait les "couples" masculins. En fait, il apparaît que dans la pièce originelle, Hildy est bien un homme, c'est donc Hawks qui a transformé ça. Ce qui apparaît finalement comme tout aussi logique, si on se penche sur les autres comédies du monsieur.
Connaissant l'intrigue, j'ai d'emblée pu constater la précision de la mise en scène de Wilder : ainsi de la présence au centre du cadre de ce bahut, dès le début du film, celui qui prendra une si grande importance ensuite. Il y a aussi, autre exemple, une scène très prenante avec la prostituée, où Wilder sait instaurer un soudain climat de tension. A noter également que souvent, les personnages parlent tous ensemble : le procédé est propre à insupporter le spectateur, voire même à donner mal à la tête. Et pourtant, cela fonctionne! Il faut avoir un sacré sens du tempo pour oser un truc pareil.
En fait, la version de Wilder vaut bien celle de Hawks, avec quelques détails savoureux, comme la dernière scène, ou le bordel chinois. En revanche, le détective Pinkerton est bien plus drôle chez Hawks que chez Wilder.
Bref, les deux versions ont leurs qualités, et méritent je pense la même évaluation. Pourtant, celle de Wilder n'a pas marché du tout.
Ce qui est normal, en fait.
1974.
Quelle idée de sortir un film pareil en 1974. C'est totalement anachronique! Comment le public de cette époque aurait-il pu s'enthousiasmer pour un film qui semblait ressortir d'un âge d'or révolu?
De deux choses l'une : soit Wilder n'en avait pas conscience, et il était alors persuadé que le film allait marcher. Soit il en avait parfaitement conscience, et alors il a décidé de continuer le cinéma qu'il aimait, envers et contre tout.
En tout cas, s'il ne le savait pas avant, Fedora viendra prouver que la leçon avait porté : cette histoire de fantôme est celle d'un réalisateur désabusé qui se savait démodé.
Pour Spéciale première en tout cas, rien de tout ça, le film est entièrement premier degré. Et aujourd'hui que son côté anachronique n'est plus... d'actualité, on peut le savourer bien mieux qu'il ne le fut à l'époque.