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Spencer Trashy
Elle dit “fuck”, elle se fait vomir, elle se scarifie, elle provoque, elle annonce qu’elle va se caresser la belette… Non, il ne s’agit pas de Nancy Spungen — la vilaine petite amie de Sid Vicious —...
le 26 sept. 2022
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Pablo Larrain développe sur la dernière partie de sa carrière une appétence obsessionnelle pour le biopic : après avoir évoqué Neruda, et proposé la même année le superbe portrait de Jackie Kennedy, le voilà qui traite d’une autre femme hissée et abîmée par la notoriété en la personne de Lady Diana. Les fondamentaux seront identiques pour analyser les forces sourdes qui déstabilisent la femme et l’individu tentant d’habiter une fonction.
Dans Spencer, il s’agit d’établir la puissance d’un système entièrement défini par son protocole, rouage dans lequel l’électron libre qu’est Diana fait office de grain de sable. La photo laiteuse installe une atmosphère d’un autre temps, et s’attarde sur une demeure investie le temps des festivités de Noël, dans une sorte de relecture anxiogène et dépressive de Downton Abbey. Même s’il n’est pas foncièrement original (la rigidité de la cour britannique et de son étiquette ne sont un secret pour personne), ce thème est exploité avec efficacité, que ce soit dans la galerie de statues que compose le personnel, la cérémonie continue à laquelle s’adonne toute la famille ou la façon dont la protagoniste tente de ne pas y suffoquer.
Kirsten Stewart ne démérite pas dans ce rôle ambitieux, qui ne limite pas sa performance à son maquillage et ses tenues des années 90 : on décèle en elle cette énergie qui mêle rage et désespoir, et la manière dont elle intériorise, jusqu’aux vomissements, les dégâts que causent cette chappe de plomb sur sa destinée. Certains motifs permettent d’établir le déséquilibre destructeur sur lequel repose toute sa vie de famille (la thématique des rideaux fermés, les avertissements du personnel sur le fait que toutes ses excentricités seront divulguées), et un échange central avec Charles établit le contrat qui la lie au monde qui l’a adopté, et à la nation tout entière, que son mari résume ainsi : « You have to do things that you hate. For the good of country. The people. Cause they don’t want us to be people ».
Le scénario de Steven Knight va malheureusement empeser considérablement le reste du récit, où le sens abrasif du portrait propre à Larrain (les dissonances musicales de Jackie ou morales d’Ema) aura du mal à surnager. La répétition des crises de Diana confine à la minauderie, et l’enchaînement supposément crescendo des émotions surligne progressivement les motifs. L’identification à Anne Boleyn et les hallucinations qui en découlent, tout comme les lourds flash-backs sur l’enfance perdue, explicitent inutilement les enjeux contemporains, et les scènes de révolte lyriques (danse, vomissement des perles, fugue finale avec les enfants) ne convainquent guère. Comme si le carcan du biopic et de ses codes pesait lui aussi sur un cinéaste qu’on a connu bien plus libre.
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Créée
le 17 janv. 2022
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