Je débute mon marathon annuel des Spider-Man. Pour l’instant, il ne s’agit que des films de Sam Raimi, que je considère comme des pépites du cinéma super-héroïque. Je lance donc Spider-Man, sorti en 2002 (c’est important pour la suite). Et quel plaisir !
Quel plaisir de voir que le film n’a toujours pas perdu de sa superbe. On notera quelques effets visuels vieillissants mais surtout quelques merveilles visuelles que le genre n’a visiblement pas réussi à reproduire deux décennies plus tard. La scène de voltige finale en est un parfait exemple : elle est exemplaire. Le costume coloré est à l’honneur, l’aspect épique est de mise, la musique orchestrale fait frissonner. Que reprocher à ce bijou du genre ?
De facto, tous les films de super-héros sortis depuis s’en sont inspirés – à la limite du plagiat – du modèle scénaristique : le gentil naïf gagne des pouvoirs, rencontre son adversaire, une fois, deux fois, puis s’ensuivra le combat final. La trilogie Spider-Man poursuivra elle-même ce modèle.
Mais où est la différence majeure ? Chez Raimi, le méchant n’est pas juste méchant. Il a des motivations, un passif, une histoire. Si le Goblin restera l’unique méchant de la trilogie à le rester jusqu’au bout, il marque par son aspect effrayant, diabolique. Willem Dafoe est au top de sa performance : son rire diabolique vole la vedette à l’ensemble du reste du casting. Tobey Maguire compose avec ce qu’on lui donne pour jouer, et s’en sort finalement mieux que ce que l’histoire retiendra de lui (à voir dans la deuxième suite).
C’est aussi le premier film du genre à mettre autant d’emphase sur le personnage principal dans sa vie de tous les jours, et ses relations avec les autres. Exactement ce que faisait le comicbook The Amazing Spider-Man 41 ans plus tôt. L’alter ego du héros est mis à l’honneur et on suit avec passion ses aventures amoureuses avec Mary-Jane, aussi pathos peuvent-elles sonner.
La caméra est intelligente, ses mouvements sont brillants, on prend un plaisir fou à voir Spider-Man déambuler dans les rues de New York et se prendre à se croire virevolter avec lui. Le goblin est systématiquement montré comme terrifiant et c’est là où la patte de Raimi s’inscrira dans les mémoires. Le film porte ce côté effrayant propre au réalisateur habitué des films d’horreur. On le voit dès les 15 premières minutes du film lorsque l’ADN du héros est altérée, on le voit dans le bâtiment en feu et on le voit à chaque apparition du Goblin.
Que reprocher à un film de genre qui ne s’arrête pas à réutiliser l’existant mais à marquer sa patte personnelle pour ce qui s’inscrira probablement dans l’histoire comme l’un des seuls films de super-héros mémorables.
Que reprocher à ces effets visuels hors normes pour un film sorti en 2002, alors que sa version marvellesque sortie en 2017 transpire le numérique au point d’en être écœurante ?
Que reprocher à cette histoire d’amour qui sera finalement le socle de cette trilogie ? Non, la trilogie de Raimi n’est pas une trilogie de super-héros, c’est une trilogie autour d’une histoire d’amour de reposant sur des effets numériques et un lore super-héroïque. Et c’est réussi. La fin conclut à merveille le film : le héros a des responsabilités et renonce à toute attache qui mettrait en péril ses proches. Son destin, sa solitude.
On retiendra cette phrase marquante d’oncle Ben que chaque film suivant tentera tant bien que mal de reproduire : un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Une dernière note pour tante May aussi touchante que juste dans ses interventions.
Sam Raimi a-t-il raté son adaptation comme beaucoup aimeraient le faire croire ? Au contraire, il a compris avec justesse le personnage et ce que ses capacités impliquent, comment symboliser ses échecs et ses relations. Sam Raimi, fan du héros, composera ici le début d’une trilogie historique dont l’apogée en sera le deuxième film, que je m’empresse de visionner.