Un avis et une place dans le classement #600favoritefilms qui valent pour les deux premiers volets de Sam Raimi, deux films indissociables pour moi, au contraire du 3e à mon avis un cran au-dessous, moins ample et moins subtil, plus tape-à-l'oeil aussi même si ça va de paire quelque part avec la crise qu'y traverse le personnage-titre. Avant le raz-de-marée racoleur du MCU, Sam Raimi, sans pour autant déroger à la mythologie du comic et à ses excès graphiques (les antagonistes incarnés respectivement par Willem Dafoe et Alfred Molina), faisait basculer le film de super-héros dans l'ère moderne, une ère qui allait malheureusement prendre fin quelques années plus tard seulement et ne compter à son actif qu'une poignée de réussites, des "Batman" de Nolan au "Watchmen" de Zack Snyder en passant par le superbe et sous-estimé "Hulk" d'Ang Lee sur lequel je reviendrai. Dans l'ère moderne... ou plutôt dans l'âge adulte ? Car là réside ouvertement la principale thématique du diptyque, qui multiplie les métaphores brillantes de la transition vers la maturité et des concessions qui l'accompagnent : le match de catch aux allures de rite de passage du premier volet, évoquant comme le final de "L'épreuve de force" de Clint Eastwood ce "châtiment des baguettes" censé symboliser la transformation du héros en homme face à ses faiblesses et à l'adversité ; puis dans le second l'échec de la relation de Peter Parker/Spider-Man (Tobey Maguire, parfait en loser transfiguré) avec Mary Jane (irrésistible Kirsten Dunst) faute de parvenir à concilier les deux facettes de son existence, avec notamment la pièce manquée au théâtre (où apparait l'acteur fétiche Bruce Campbell, également présentateur du match de catch, sorte de marqueur récurrent de ces moments charnières dans la vie de Peter) et l'abandon du costume, tentative de choix de la normalité qui se révèlera tout aussi insatisfaisant. Virtuosité d'un montage intégrant le découpage et le dialogue entre les cases du médium d'origine, protagoniste trop humain en proie au doute et tiraillé entre culpabilité, manque de confiance en soi et poids des responsabilités liées à ses pouvoirs nouvellement acquis, et scènes d'action dont le spectaculaire tient moins aux effets numériques qu'à la mise en scène ample et baroque d'un Raimi au sommet sur le plan visuel... on tient là rien de moins que deux chefs-d'oeuvre du genre (à des années-lumière des médiocres versions de Jon Watts, au hasard), dont les multiples enjeux intimes et dramatiques sont magnifiquement soulignés par deux des derniers grands scores de l'inimitable Danny Elfman avant sa lente déchéance vers une standardisation que n'entrecouperont que quelques exceptions, "Harvey Milk" en tête.