Certains films ennuient aux deux tiers, d’autres à la moitié. ‘Des étoiles à midi’ réussit l’exploit de saouler dès les premiers plans, tant le film manque de rythme, de tension, d’atmosphère. Hélas, rien au cours du film ne vient détromper ce constat et on s’enquiquine à cent sous de l’heure pendant deux longues heures qui en paraissent le double.
En 2020, Trish, une jeune journaliste américaine en détresse bloquée sans passeport dans un Nicaragua en pleine période électorale rencontre dans un bar d’hôtel Daniel, un voyageur anglais. Il lui semble être l’homme rêvé pour l’aider à fuir le pays. Mais elle réalise trop tard qu’au contraire, elle entre à ses côtés dans un monde plus trouble, plus dangereux.
Ce qui est étonnant, c’est que le film de Claire Denis est parfaitement atone. Rien ne ressort, et on ne ressent rien. On voit des militaires armés dans la rue, mais on ne sent pas la tension politique. L’intrigue se déroule en pleine pandémie de Covid, mais pareil, mis à part le port du masque, on ne sent pas l’effet de la pandémie. Puis la petite gourdiflote rencontre un anglais qui a un flingue et dont elle ne sait rien. Mais encore une fois, ni elle ni nous spectateurs ne ressentons d’inquiétude.
Il n’y a hélas pas plus d’atmosphère que d’intensité. Bien que l’action se situe en Amérique Centrale, on ne sent pas la chaleur qui devrait affecter les personnages, et pas davantage la saison des pluies. Les deux personnages vivent une relation censément être brûlante. Mais Claire Denis échoue à donner le sentiment de cette atmosphère torride, ardente. Le film est totalement éteint, apathique et n’a aucun rythme.
Autre obstacle à l’appréciation du film, ce sont les personnages que l’on ne comprend pas, qui nous échappent constamment. On n’a pas d’empathie pour eux et ils ne nous intéressent pas. Difficile donc de se passionner pour ce qui leur advient. Elle se dit journaliste mais couche avec des hommes pour de l’argent. Elle ne cesse de saouler. On ne sait pas vraiment qui elle est, ni ce qu’elle fait ici. Que cherche-t-elle ? On finit par apprendre qu’elle est bloquée car elle n’a pas de passeport. Quant à lui, on sait qu’il est dangereux, recherché par d’étranges personnes. Mais comme il est tellement opaque, on s’en désintéresse royalement.
Claire Denis filme ce navrant naufrage de manière très auteuriste. Evidemment, tout est filmé caméra à l’épaule pour conférer au film un certain dynamisme dont le film manque tant. L’opérateur avait sans doute parkinson car la caméra tremble tellement. Mais la cinéaste n’a aucun sens du rythme. Il semblerait que cette fresque politico-sentimentale n’est pas été faite pour elle. Car l’aspect politique est assurément raté, la partie ‘couple en fuite’ ne fonctionne pas. Ne reste que cette relation sentimentalo-sexuelle d’une banalité confondante à laquelle la cinéaste revient fréquemment comme si elle n’avait rien d’autre à dire.
Pendant tout le film, j’ai eu beaucoup de peine pour la comédienne Margaret Qualley. Je l’avais découverte charmante dans une assez bonne comédie ‘Mon année à New-York’ de Philippe Falardeau. Mais là, elle n’est pas très bonne. Il faut dire que ce qu’elle a à jouer est consternant et elle n’est pas très bonne quand il s’agit de jouer l’ivresse. Les dialogues qu’elle a à dire sont stupides. Claire Denis la dénude toutes les cinq minutes. Elle semble se donner corps et âmes pour ce rôle et le film lui en rend si peu. Quand à Joe Alwyn, je l’ai trouvé épouvantablement mauvais, inexpressif. J’ai lu dans une revue que Robert Pattinson et Taron Egerton devaient interpréter le rôle. Le premier a refusé pour des raisons d’emploi du temps, le deuxième pour des raisons personnelles. Ce sont les raisons officielles, mais peut-être avaient-ils flairé le navet et ont fui cette catastrophe.