« On me demande souvent ce qui me fait peur. Mais tout me fait peur !», ce sont les 1ers mots qui ouvrent ce portrait de Stephen King s’appuyant sur des interviews et des conférences du romancier (franchement bien choisies) ainsi que des extraits de films qui ont été tirés de ses œuvres, très inégaux : « Christine », « Carrie », « Maximum Overdrive » (qu’il a réalisé lui-même et qui n’a pas marqué l’histoire du cinéma), « Misery » ou encore « Shining » de Stanley Kubrick, film dense et complexe dont il nous dit qu’il a mis longtemps à l’apprécier. On comprend surtout que le personnage de Jack Torrance, romancier alcoolique, est le reflet de ce qu’était King quand il a écrit ce roman, persuadé pourtant de ne pas en être au même stade de dégradation avancée que son personnage...Au final, il nous avoue que « The Shining » est une œuvre très personnelle et en partie autobiographique : il en a eu l’idée un jour que son fils, encore petit, avait dessiné sur le tapuscrit de son roman et, totalement pris par la boisson, qu’il avait senti monter en lui une bouffée de violence, presque une envie de meurtre !
Ce documentaire est organisé autour de 3 grands thèmes : « Monsters » d’abord avec les figures monstrueuses de son œuvre comme Pennywise dans « Ça », même si les monstres sont le plus souvent à visage humain. « Children » ensuite avec la figure de l’enfant très présente dans ses romans, symbole de l’innocence et en même temps de la clairvoyance et de l’imagination, ce que les êtres humains perdent en vieillissant, déplore-t-il. Enfin, « Writers » avec la figure de l’écrivain, elle aussi très utilisée par King (« On écrit d’abord sur ce qu’on connaît »), par exemple dans « Misery » ou « La part des ténèbres ». Le portrait est malheureusement trop court en 50 minutes pour être plus complet (rien sur ses techniques d’écriture et quelques-uns seulement de ses romans sont cités, les plus connus…) mais il est éclairant sur la portée cathartique de ses romans qui sont avant tout « une répétition avant la mort […] une façon de s’y préparer », dit-il. Mais ce formidable raconteur d’histoires sait aussi leur donner une portée sociopolitique dans une Amérique de plus en plus fragmentée, souvent tentée par la violence et le fanatisme religieux. Il nous dit à juste titre que ses romans, pas plus que les albums de Metallica ou Marylin Manson, ne sont responsables de la violence dans le pays, ils ne s’en font que l’écho, le romancier devenant un « messager » pour reprendre le mot qu’il utilise; il ne fait que gratter là où ça fait mal, révéler des plaies et des traumatismes plus ou moins profonds. King insiste sur l’importance de la communauté et le rôle vital de la lecture dans l’ouverture au monde (avec sa femme, il finance de nombreuses bibliothèques publiques à travers le pays) et de cette façon, conclut-il, « Seul un esprit éveillé peut repousser les monstres».