6
895 critiques
Inspiré d'effets réels
Le vrai point commun de tous les scénarios d'Aaron Sorkin ne se situe pas forcément là où on le croit. Dans chacune de ses œuvres emblématiques, il n'est en effet nul besoin de s'intéresser à...
le 7 févr. 2016
Pour écrire une critique intelligente sur Steve Jobs, il est important de savoir de quoi on parle. D’avoir connu un tant soit peu le parcours de cet homme, symbole visionnaire pour certains, enflure sans vergogne pour d’autres. De se rappeler que les idées qu’il avait étaient, quoi qu’on en dise, avant-gardistes, que des choses qu’on ne pouvait même pas concevoir avant ses inventions étaient déjà dans son esprit bouillonnant. Ou encore d’avoir les pieds sur terre, et ne pas plombé Steve Jobs pour ce qu’il était « peut-être », ou l’aduler pour ce qu’il n’était « peut-être » pas.
C’est pourquoi cette critique… ne sera pas intelligente. Le cas Steve Jobs ne nous passionne pas forcément, ce n’est donc pas chez nous que vous aurez une analyse profonde pour démêler le faux du vrai (des libertés ont été prises sur le scénario, tiré de la seule biographie autorisé du bonhomme écrite par Walter Isaacson), ni d’une comparaison tout en finesse entre cette oeuvre de Danny Boyle, et celle de Joshua Michael Stern, Jobs, sorti en 2013, avec Ashton Kutcher dans le rôle principal…
En revanche, on peut vous dire qu’on a pris un malin plaisir à suivre ce personnage emblématique – ou ce bon gros salopard que nous dépeint admirablement le scénariste Aaron Sorkin (The Social Network, la série The Newsroom) -, dans trois moments clés de sa vie professionnelle, à savoir juste avant le lancement de trois produits : le Macintosh (1984), le NeXT (1988) et l’iMac (1998). Saupoudré de flash-backs très courts pour montrer un peu qu’il a commencé dans un garage, avec rien en poche et des idées irréalistes, et patati et patata, ce biopic s’émancipe d’un schéma classique lourdingue pour en faire quelque chose de plus rythmé, tendu tout du long, à grands coups de dialogues cinglants dans des règlements de compte qui épuiserait 100 hommes.
Si les échanges houleux avec John Sculley (Jeff Daniels) ou les empoignades avec Steve Wozniak (Seth Rogen) forment grosso modo la trame du film, c’est la relation qu’entretient Steve Jobs avec sa fille qu’il ne veut pas reconnaître que le fil rouge se construit, mettant plus en avant encore l’homme détestable derrière le génie intouchable, et qui permet d’illustrer l’évolution de Jobs un brin touchante dans ce qui s’avère être, dans le dernier tiers, une reconquête « émotionnelle », en même temps qu’une reconquête « informatique ».
Légèrement tourné à la manière d’un huit-clos théâtrale, Danny Boyle plonge le spectateur dans l’histoire en une fraction de secondes – au risque d’être largué pendant un petit moment quand même – pour rarement relâcher la pression. Le réalisateur reste pourtant très sage (malgré des idées assez folles) mais capte avec minutie les prestations de son casting monumental, Michael Fassbender en tête.
Car certes, la puissance de Steve Jobs réside dans ce que raconte le scénario (enfin, surtout dans ce qu’il représente) et dans le travail précis de Boyle, mais il n’aurait pas la même saveur sans ses comédiens hallucinants. Michael Fassbender, copieusement odieux et grandement charismatique, impressionne aussi bien en gourou tyrannique qu’en paternel rédempteur, et tous ceux qui gravitent autour de lui méritent également une standing-ovation.
Jeff Daniels parvient aisément à montrer le tiraillement de son personnage, entre aimer Jobs comme un fils et détester ce merdeux imbu de sa personne ; Seth Rogen surprend en Steve Wozniak, co-fondateur d’Apple, surtout dans une dernière scène magistrale entre lui et Fassbender s’engueulant devant tout un public ; et Kate Winslet prouve une fois de plus tout son talent dans cette femme patiente et dévouée, pour qui on pourrait avoir un respect infini d’avoir suivi cet homme aussi loin.
POUR LES FLEMMARDS : Tandis que Danny Boyle livre l’oeuvre la plus posée de sa carrière, Aaron Sorkin prend un malin plaisir à dépeindre Steve Jobs en tortionnaire insensible dans ce biopic non-conformiste, aidé par un casting impressionnant, Michael Fassbender en tête.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste TOP 10 2016
Créée
le 14 mars 2016
Critique lue 311 fois
6
895 critiques
Le vrai point commun de tous les scénarios d'Aaron Sorkin ne se situe pas forcément là où on le croit. Dans chacune de ses œuvres emblématiques, il n'est en effet nul besoin de s'intéresser à...
le 7 févr. 2016
7
514 critiques
Tout est une question de contrôle. Pour Aaron Sorkin, comme pour son personnage de Steve Jobs, le principal moteur de recherche est d’avoir la main mise sur un circuit fermé, une boucle qui se...
le 8 févr. 2016
6
454 critiques
Trois petites années après le Jobs de Joshua Michael Stern voilà donc le nouveau biopic consacré au célèbre co-fondateur d’Apple, le projet avait déjà fait couler beaucoup d’encre comme chacun sait...
le 4 févr. 2016
8
151 critiques
Sam Raimi réitère, et le second volet des aventures de Spider-Man se trouve être encore plus impressionnant, plus sombre, et bien plus réussi. En tous points. A commencer par des enjeux plus...
le 12 août 2014
6
151 critiques
Lucid Dream est un programme de thérapie où les patients peuvent, grâce à une machine, replonger dans leurs propres souvenirs et revivre des instants passés. Mieux encore, ils ont la possibilité de...
le 5 juin 2017
3
151 critiques
Chargée de coloniser une planète à coups de maisons en bois au bord d'un lac, une équipe se retrouve réveillée d'un sommeil en stase plus tôt que prévu à cause d'une catastrophe qui, manque de...
le 31 mai 2017
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème