Stopmotion
6.1
Stopmotion

Film de Robert Morgan (2024)

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Il attend à la porte, entre dans les rêves, mange le visage, dissout l’identité.

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On entre dans Stopmotion comme dans un atelier obscur... un grenier de chair et de silence. On s’approche, on entend le cliquetis, le frottement, le souffle d’ombre qui s’agrippe aux marionnettes. Avec Ella, on manipule. On craque.


Elle travaille au centième de millimètre — on imagine ses doigts, tremblants, tentant de faire vivre une créature figée. Sa mère derrière elle, une silhouette lumineuse, mais maintenant brisée, arthritique — elle murmure « un quart de millimètre à gauche », chaque micro-ordonnance un coup. On sent ce poids, ce métier imposé, hérité, cette voix maternelle qui n’est jamais bien loin, sourde, insistante.


Puis le monde (celui qu’on croyait extérieur) se fissure. Une petite fille entre — énigmatique, directive, immobile, exigeante — elle propose un autre récit. Elle chuchote : « il faut que ça saigne ». L’ambiguïté : est-ce une muse ? une voix de la folie ? une fillette-spectre ? Elle impose, elle commande : sculpte-moi un monstre avec chair, avec odeur, fais-le respirer.


Et Ella se perd. Le réel se retire. Les marionnettes deviennent plus réelles que les visages autour d’elle. Elle ne voit plus la différence entre la peau et la cire, entre le sang et le pigment. Dans un ralentissement tragique, on la regarde abîmer ses propres chairs, glisser dans la folie. Et l’Ash Man — figé, informe, terrible — surgit. Il attend à la porte, entre dans les rêves, mange le visage, dissout l’identité.


On est pris. On refuse. On regarde malgré soi. Le film ne cède pas, le film exige.


Mais. Il y a des moments où l’obsession l’emporte un peu trop — certains passages ajoutés, trop démonstratifs, ralentissent la progression. On aimerait que tout reste dans le flou, dans la suggestion, mais Morgan introduit quelques séquences plus “visuelles” qui semblent obéir à une mode gore (on y perd un peu du mystère).


Pourtant Aisling Franciosi porte le film. Son regard — au début prudent, presque retenu — se mutate en excès, cri tordu, visage fissuré. On croit en elle. Même quand la narration s’égare, elle nous ramène, haletante, hagarde.


Stopmotion est moins un film d’horreur qu’un cri sous la peau, une méditation bruitée sur le prix de la création. Il rappelle que l’art n’est pas pur, qu’il saigne, qu’il dévore son auteur. Il rappelle qu’on ne domine pas totalement ce que l’on crée — parfois, ça se venge.


Quand le film finit, on reste figé dans le dernier plan, ce satin, ce cercueil, cette petite fille qui dit « je t’aime ». On n’ose plus cligner des yeux. On ressent encore quelque chose dans les doigts, dans la chair. On sort avec le vertige, en retenant le souffle.


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Le-General
6
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le 4 oct. 2025

Critique lue 37 fois

Le-Général

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3

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