Brandi Boski,aide-soignante dans une maison de retraite,rentre nuitamment au volant de sa voiture après une soirée de fête.Elle percute un SDF qui traversait la rue et le gars reste encastré la tête dans son pare-brise.Paniquée,la fille le laisse dans cette position et rentre chez elle,ne sachant que faire de cet encombrant personnage qui contre toute attente n'est pas mort.Ce thriller tordu présenté en 2008 au Festival de Gérardmer a été écrit,produit et réalisé par Stuart Gordon,dont ce fut la dernière oeuvre cinématographique avant sa mort survenue en 2020.Ce nom sonne agréablement aux oreilles des vieux aficionados du ciné horrifique des années 80,le gars ayant notamment donné entre 85 et 87 les petits classiques du genre que sont "Re-Animator","From beyond" et "Dolls".Faute de succès,ses films suivants le feront tomber un peu dans l'oubli,à l'exception du sursaut de "Fortress"en 92."Stuck" est inspiré d'une histoire vraie,mais dans une adaptation très très libre.On retrouve ici la puissance de Gordon dans l'esthétique de la violence,son goût des images choc et du gore et sa prédilection pour les ambiances délétères.Ajoutons à cela une critique sociale virulente et pas dépourvue de pertinence à propos d'une société en pleine dérive économique et en perte de sens moral.Chacun vit sous la pression d'un monde du travail impitoyable et d'une administration incohérente et démentiellement tatillonne.Ainsi Brandi est-elle une très gentille fille,dévouée à ses malades et efficace au point qu'une promotion lui est promise par sa directrice,une exploiteuse manipulatrice,qui en profite pour la presser comme un citron et la faire bosser comme une esclave.Pour décompresser,elle s'étourdit dans les sorties en boîte,l'alcool,la drogue et la baise sauvage avec son petit ami dealer.Rien ne la destinait à devenir une tortionnaire irresponsable,mais quand Tom se retrouve emmanché dans sa bagnole,elle se sent coincée.Elle a bu,elle a pris des stups et elle téléphonait en conduisant,bref elle est mal barrée et fait le choix de laisser le pauvre mec agoniser dans son garage pour éviter les ennuis.Pour la victime,c'est le couronnement d'une sale journée.C'est un chômeur complètement fauché que son proprio vire de son appartement,ensuite de quoi il va à l'agence pour l'emploi locale où on le fait poireauter des heures pour lui annoncer in fine que son dossier n'est pas conforme alors qu'il avait fait le nécessaire.Puis il erre dans les rues et,la nuit arrivant,il trouve refuge sur un banc dans un parc.....dont il est rapidement éjecté par les flics,avant de se faire cartonner par le véhicule de Brandi et de saigner comme un porc,le corps bloqué dans du securit explosé et tranchant.Quand ça veut pas....Gordon traite ce drame de l'horreur économique en y injectant de manière réaliste l'humour noir et l'atrocité graphique qui le caractérisent.Cette histoire est affreuse mais voir cette auto rouler avec le pauvre type intégré au pare-brise provoque un curieux effet comique.Sinon les plans choquants se succèdent,avec du sang à gogo,des inserts sur des chairs éclatées,le cinéaste allant même jusqu'à nous gratifier d'entrée d'une scène dégueu avec Brandi qui doit nettoyer un patient qui a amplement souillé ses draps,ne nous épargnant rien du spectacle.Ce pourrait donc être un bon petit classique de série B,hélas ça perd en rythme et ça s'effiloche au gré d'un récit assez invraisemblable qui voit les personnages adopter des comportements irrationnels et le clochard montrer une résistance physique proprement surnaturelle.Saigné à blanc,le gus parvient à s'extraire du véhicule et à combattre ses tourmenteurs victorieusement,y compris le copain de Brandi,pourtant nettement plus jeune et costaud que lui.Lors du véritable fait-divers,le gars était mort.Manquant de matière,Gordon tire à la ligne et donne le change avec diverses interventions de protagonistes extérieurs,un chauffeur de taxi,une famille de clandos latinos,un homme qui promène son chien,séquence très marrante avec le clebs qui est attiré par le sang de Tom,ou la copine de travail de l'aide-soignante.Au final,c'est un bon film,avec des effets spéciaux impressionnants vu le manque de budget,mais ça aurait pu être mieux avec un peu plus d'imagination et de rigueur scénaristique.Mena Suvari,coproductrice du film,a pas mal disparu du devant de la scène depuis des années après des débuts prometteurs,souvenons-nous de l'adorable lolita de "American beauty",mais elle est encore très mignonne ici et se donne à fond dans un rôle exigeant,assurant dans des scènes ultra violentes comme dans une séquence de copulation bien musclée,restituant parfaitement les errements d'un personnage totalement désorienté qui ne sait vraiment pas comment gérer ce qui perturbe sa vie bien rangée et dont la personnalité se fissure entre décisions absurdes et accès de rage incontrôlés.Stephen Rea est plus en retrait étant donné qu'il passe la majeure partie du métrage allongé sur un capot avec la tronche dans l'habitacle,mais il est excellent en malheureux poursuivi par la fatalité mais cependant combatif jusqu'au bout.Les autres acteurs apparaissent peu et sont inconnus,mais ils font le boulot,qu'il s'agisse de Russell Hornsby en amant faux-jeton et faux dur,de Rukiya Bernard en collègue sympa et arrangeante,ou Carolyn Purdy-Gordon,l'épouse du réalisateur,en vieille cadre sup impitoyable.