Le film s'ouvre sur Gibraltar, un point de transit entre l'Europe et l'Afrique. Mais ce ne sont ni les hommes ni même les marchandises sur lesquels s'ouvrent cet incipit, ce sont leurs ancêtres, les singes (selon la théorie darwinienne). Ces magots considérés comme des divinités à Gibraltar --puisque selon la légende, le territoire resterait sous domination anglaise tant qu'ils seraient présents dans la ville -- occupent l'espace et observent les cargos comme pour rappeler que la nature peut à tout moment prendre le dessus y compris dans un lieu fortement anthropisé.
Puis un violent accident de voiture vient rompre cet instant de contemplation. La scène est prise de haut offrant ainsi au spectateur un point de vue déroutant de l'arrivée des secours. Les ambulances interviennent, Rike prend en charge le blessé. Ainsi apparait, le personnage principal : une femme d'environ quarante ans, urgentiste.
Rike rêve d'aventure. Elle embraque ainsi sur son voilier pour une pérégrination solitaire en direction de l'île de l'Ascension, un paradis artificiel créé par Darwin. A la manière de Noé rassemblant toutes les animaux sur son arche, Darwin aurait planté sur cette île un plant de chaque espèce (ou presque) dans le but de créer des symbioses incongrues.
Mais au lieu d'embarquer pour le Paradis, elle se retrouve sur le Styx en direction des Enfers. En effet, suite à une tempête tumultueuse, elle se réveille à quelles lieues d'un chalutier vétuste bondé de migrants implorant son aide.
Rike contacte alors les gardes côtiers et les secours afin qu'ils interviennent ...
mais en vain...
Ce film poignant met en exergue la différence de traitement entre une Européenne prête à se noyer et un groupe de migrants malades, exténués, meurtris, affamés, déshydratés... et voués à la mort.
Wolfgang Fischer force ici le spectateur à s'interroger sur la condition des migrants et sur la nécessité d'intervenir. D'un côté, sur terre, un blessé est rapidement pris en charge par les pompiers alors que d'un autre côté, sur mer, l'obligation d'assistance à personne en danger semble être levée.
Au delà des émotion fortes qu'il suscite et des questions qu'il soulève, ce film relève de l'exploit technique. En effet, le réalisateur a fait le choix de ne pas utiliser d'image de synthèse ni d' effet spécial (y compris l'impressionnante tempête). Tous les plans surplombants sont filmés du plus haut point d'une montagne à Malte pour ne pas utiliser de drone ni d'avion. Par ailleurs, toutes les scènes ont été filmées en pleine mer, ce qui n'avait jamais été réalisé auparavant, et dans l'ordre du film afin de garder intactes les émotions de l'actrice Susanne Wolff, ce qui a nécessité de nombreux jours de tournages.
Quant au acteurs, ils sont aussi impressionnants :
- Susanne Wolff n'avait jamais navigué en pleine mer et ne connaissait rien à la médecine avant le tournage,
- Gedion Oduor Wekesa joue face à une caméra pour la première fois, il a été repéré lors d'un atelier de créativité en Afrique
- les figurants ne sont pas des acteurs : le réalisateur a filmé de vrais migrants et de vrais sauveteurs afin de rendre l'histoire plus proche de la réalité. De plus, s'il s'agit d'une fiction, W. Fischer a réalisé un travail documentaire préalable considérable.
Je remercie Senscritique pour cette belle et enrichissante #cinexperience et surtout le réalisateur pour avoir répondu à nos questions !!