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Not all DC
Jusqu'à il y a quelques années, un animé DC était une valeur sûre. Durée d'1h15, un bon casting audio et le but est de faire une version animée d'un comics ayant eu du succès (Year One, Under the Red...
le 9 mars 2020
- Ils sont partis ?
- Je ne serais pas toujours là pour te sauver la mise, Solnyshka. Tu dois arrêter de fuir et avoir le courage de les affronter.
- Ce n'est pas ce que tu crois, Svetlana. Je ne fuis pas parce que j'ai peur. Je fuis par crainte de leur faire du mal.
- …
- T'ai-je déjà menti, Svetlana ?
- … Comment est-ce possible ?
- Je ne sais pas du tout. Il se passe quelque chose en moi depuis des semaines. Quelque chose d'incroyable.
- Tu as des pouvoirs incroyables, Solnyshka. Tu dois les offrir à notre pays. Le peuple a besoin de toi.
Avec Superman: Red Son, Sam Liu signe l’une des adaptations animées les plus marquantes de l’univers DC. Adapté du roman graphique culte et exceptionnel de Mark Millar, ce long-métrage nous plonge dans une uchronie fascinante : que se serait-il passé si le petit Kal-El avait atterri en Union soviétique plutôt qu’aux États-Unis ? Une idée de base géniale que le scénario de J. M. DeMatteis développe assez efficacement, respectant l’esprit du matériau d’origine, tout en se permettant quelques ajustements qui dynamisent le récit. L’un des plus grands atouts du film réside dans la puissance politique et symbolique qu’il déploie à travers une utilisation fine et intelligente de ses personnages. Solnyshka (exit Clark), alias Superman, est animé par une volonté sincère d’instaurer la paix, ce qui l'amène à devenir maître suprême de l’URSS après avoir découvert l’horreur des goulags et perdu son amie d’enfance Svetlana. Un moment difficile, injuste et particulièrement émouvant qui va ajouter au tragique de ce Superman. Dès lors, il se donne pour mission de faire naître une paix universelle, quitte à employer des méthodes radicales. Convaincu qu’il vaut mieux sacrifier quelques vies pour sauver le plus grand nombre, il agit avec fermeté, même si chaque décision le ronge intérieurement. On le voit ainsi libérer l’Union soviétique, puis la Corée et d’autres régions du globe, tout en laissant l’Amérique s’enfoncer dans les contradictions de son propre capitalisme qu’il estime condamné. Pour lui, ce n’est qu’une question de temps avant que le peuple américain ne se soulève, moment où il compte intervenir. Son règne se situe donc à la frontière entre utopie et dictature. Une vision du monde qui fonctionne, mais au prix de lourds compromis moraux. Et c’est précisément dans cette zone grise que Red Son prend toute sa force. Une adaptation mature qui pose une question essentielle, à savoir : vaut-il mieux vivre sous la férule d’un seul homme bienveillant mais inflexible, garant d’un ordre implacable, ou dans un monde imparfait, livré aux chaos et aux contradictions de la condition humaine ? Red Son pose cette alternative et la dissèque intelligemment, révélant la fragilité des idéaux démocratiques et le prix de toute utopie. De plus, cette ambiguïté n'est jamais véritablement tranchée dans le film, nous laissant au final sur un « à suivre », quant à savoir si le choix final décidé est le bon, ou non. En refusant de donner une réponse définitive, le film laisse le spectateur face à sa propre conscience. Cela confère au récit une profondeur forte, en s'érigeant comme un miroir de nos propres sociétés, où la quête de justice se heurte toujours à la tentation du pouvoir absolu, entre liberté et sécurité, entre rêve et dictature.
Autour de Superman gravite un Lex Luthor fascinant, incarnant une Amérique arrogante et puissante, se prenant pour le berger du monde. Il est rusé, ambitieux, mais aussi profondément contradictoire et visionnaire. Il condense tout ce que son pays a de plus grandiose et de plus inquiétant. Drapé dans l’étendard étoilé, il brandit l’idée d’une démocratie, ne fonctionnant qu’à moitié pour les plus riches, érigée davantage en symbole qu’en réalité, et s’impose comme un contre-pouvoir dont la légitimité reste sujette à débat. Car ce Luthor-là n’est pas seulement l’ennemi par excellence. Il démontre au fil du temps qu’il est capable d’évoluer. Son ambition dévorante se transforme en une volonté de déconstruire l’ordre établi auquel il a participé, pour tenter de bâtir un monde meilleur. Une issue qui reste incertaine, mais qui a le mérite de proposer une alternative. Red Son démontre finalement, que dans son univers original, Luthor n’est « méchant » que dans l’ombre d’un Superman glorifié comme un messie par son propre pays. Privé de ce rival surhumain, il mettrait son génie au service du bien commun, dessinant ainsi l’une des versions les plus nuancées et passionnantes de Lex Luthor. Sa relation avec Lois Lane renforce cette profondeur. Elle incarne un ancrage humain à ses yeux. Une conscience lucide avec le caractère fort qui est le sien, qui m’a particulièrement convaincu. Wonder Woman ajoute une dimension morale et mythologique au récit. Gardienne d’une justice universelle, elle endosse d’abord le rôle de grande moralisatrice, avant de s’avouer vaincue, persuadée que le mal provient moins des systèmes que des hommes eux-mêmes. Autant on comprends son message et ce qu'elle essaye d'entreprendre, autant on ne peut que s'agacer de la voir fuir lorsqu'il faut faire face. De la moraline, mais pas d'acte. Mais celui qui fascine le plus (en plus de Superman) demeure Batman. Il n’est plus le justicier solitaire que l’on connaît, mais un terroriste anarchiste, figure de l’opposition radicale et désespérée face au pouvoir hégémonique de Superman. Sa lutte est violente, implacable, et ses confrontations avec l’Homme d’Acier atteignent une intensité dingue avec une conclusion bluffante. Ironiquement, on pourrait lire cette configuration comme une allégorie politique. Superman est l'incarnation d’un ordre autoritaire et centralisé proche de l’extrême droite ; Batman est le symbole d’une rébellion anarchique où il faut absolument tout détruire rappelant l’extrême gauche ; et Wonder Woman en tant qu'arbitre impuissante d’un juste milieu, incarne les centristes, faisant la morale mais n’agissant guère. Ce triangle idéologique propagandiste confère au film une portée universelle forte, transformant ce récit de super-héros en miroir troublant de nos propres luttes politiques et morales.
L’animation par Digital Emation manque de fluidité, bien qu'elle est soutenue par une direction artistique plus ou moins solide sous la houlette de Wes Gleason. On retrouve les traits carrés qui caractérises les personnages, renforçant l'aspect comics, même si ce n'est pas toujours au niveau du récit dramatique proposé. La musique de Frederik Wiedmann est excellente et renforce la gravité du récit en alternant tension dramatique et envolées héroïques. Le générique d’introduction se présente comme un superbe manifeste visuel et sonore, marqué par des couleurs éclatantes et une tonalité musicale obsédante. Le montage de Christopher D. Lozinski assure un rythme maîtrisé en alternant moments introspectifs et séquences spectaculaires, maintenant le spectateur sous tension du début à la fin. Les actions vont bon train avec des confrontations plus ou moins percutantes. Le duel Batman vs Superman reste sans doute le plus marquant, tant par sa brutalité viscérale que par la radicalité des visions qui s’y affrontent. Batman n’existe que parce que Superman a pris le pouvoir. Il est le fruit direct de l’autoritarisme, comme l’ombre née de la lumière. Leur confrontation incarne un choc idéologique effrayant, celui d’une lutte éternelle entre contrôle absolu et chaos total. A ceci près, que malgré son autorité totale, Superman demeure profondément affecté par ces pertes, témoin de son humanité persistante, là où Batman, consumé par son fanatisme, accepte la destruction totale pour rebâtir un monde nouveau, chaque camp convaincu d’incarner la justice. Ce contraste souligne un message central, en plus du miroir de la lutte politique de notre propre monde, c'est la frontière entre héros et tyran, entre justicier et bourreau, qui n’est jamais tracée qu’à l’encre des convictions de chacun. Les autres combats ne manquent pas de souffle non plus. L’affrontement avec le clone défectueux de Superman (entre Superboy et Bizarro) illustre la faillibilité de toute tentative de reproduction artificielle du "sauveur parfait". L’invasion extraterrestre de Brainiac agit comme un révélateur de la fragilité des certitudes de Superman et des limites de son utopie. La bataille contre le Corps des Green Lantern de Luthor condense tout l’affrontement entre idéalisme et pragmatisme cynique. Chacun de ces duels laisse derrière lui un cortège de victimes innocentes rappelant le prix terrible payé lorsque des puissances imposent leur vision du monde.
Superman: Red Son de Sam Liu, est bien plus qu’un film d’animation, c’est une réflexion audacieuse sur le pouvoir, l’idéologie et l’humanité. Une œuvre captivante qui réinvente le mythe en nous confrontant à une vérité dérangeante. Le bien et le mal ne sont pas des absolus, mais des constructions mouvantes, modelées par la culture, l’époque et les idéologies dominantes. Vaut-il mieux accepter la liberté dans toute sa violence et son chaos, ou embrasser la paix au prix d’un contrôle absolu ? Chacun a sa réponse, et c’est précisément dans cette absence de solution définitive que réside la grandeur du film. Une proposition presque parfaite, seulement la technicité d'animation n'est pas toujours au top. Voilà une adaptation en film qui serait tout bonnement géniale.
Un film d'animation qui mérite amplement sa place parmi les plus grandes réussites du DC Universe Animated Original Movies.
- Des millions de morts. Expliquez-moi ça, M. Staline. Aidez-moi à comprendre comment… pourquoi tu as fait une chose pareille.
- J'ai essayé de te protéger, mon fils. Je voulais te préserver des dures réalités de la gouvernance.
- Je t'ai posé une question : pourquoi ?
- Parce que, bien que cela me brise le cœur, c'est nécessaire.
- Comment de telles atrocités peuvent l'être ?
- Ce que tu nommes atrocités sont un mal nécessaire. Pour rendre le monde meilleur, nous devons éliminer les insurgés. Les faibles. Ceux dont l'esprit a été contaminé au point de s'opposer à l'Etat.
- Ce sont des êtres humains.
- Tu es d'une naïveté confondante, camarade. Si bon, si pur mais tu ne vois rien. Tu dois comprendre… Tu dois me croire sur parole, quand je te dis que tout ce que j'ai fait c'est pour le bien du peuple et celui de l'Etat soviétique.
- Pour le bien de l'Etat, ou pour ton bien à toi ?
- C'est la même chose.
- Nous devons combler le fossé entre nos idéaux communistes et la dure réalité que j'ai découvert aujourd'hui.
- Alors, essaye. Mais, tu vas très vite te rendre compte que le seul moyen d'atteindre ce but, sera de suivre mon exemple. La vérité dérangeante, mon fils, c'est que certains doivent mourir pour que le système perdure.
- Sages paroles…
* Superman assassine Staline devant ses soldats.
- Et maintenant ?
- Maintenant, je vais sauver le monde.
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Créée
le 30 juil. 2025
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