Depuis une petite dizaine d’année, le cinéma de genre connaît en France un léger renouveau. Certes, les projets restent encore peu nombreux, et souvent très mal financés comparé aux drames et comédies classiques. Mais plusieurs initiatives – par exemple l’appel à projets du CNC pour financer des films de genre, lancé en 2018 pour soutenir 3 projets par an pour un montant allant jusqu’à 500 000€ par film, et sur une nouvelle thématique chaque année (le fantastique, la science-fiction, l’épouvante horreur, la comédie musicale, …) – donnent un petit coup de boost à des œuvres originales et singulières.
Bon, ça reste encore balbutiant en comparaison des cinématographies américaines ou coréennes, et lorsqu’un projet comme Survivre aboutit sur nos écrans, on n’a pas envie de taper dessus trop fort. Il s’agit du 5e long métrage du réalisateur Frédéric Jardin, qui n’avait rien fait depuis le policier Nuit Blanche en 2011, sur un père que devait sauver son fils des mains de trafiquants de drogue. Le cinéaste, grand amateur de genre, n’est pourtant pas à l’origine du projet. Ce sont les producteurs Marc-Étienne Schwartz et Marco Stanimirovic (à qui on doit par exemple Revenge, de Coralie Forgeat) qui ont en premier lieu développé ce survival. Les deux films ont d’ailleurs plus d’un point en commun. Frédéric Jardin explique : « Ils cherchaient un regard de réalisateur, savaient que j’aimais beaucoup le cinéma de genre. J’ai trouvé le scénario vraiment intéressant, audacieux, mais il était un peu trop « perché », il me manquait une vraie approche réaliste pour que j’y adhère totalement. ».
Survivre partait d’une intention louable, d’une idée de film catastrophe intéressante, mais pousse les curseurs à l’extrême et en devient parfois grotesque. Côté scénar, on suit une famille de quatre en croisière sur un bateau de plaisance. Des vacances relaxantes. Quand soudain une catastrophe planétaire survient, sans crier gare : les pôles magnétiques de la Terre s’inversent. En quelques minutes, les océans ont recouvert les continents, et les plaines sous-marines sont devenues des déserts secs. Un renversement un peu gros à gober : il nous faut accepter ce point de départ douteux. Voilà nos passagers et leur bateau, seuls survivants – ou presque – sur un vaste territoire inhospitalier où le danger rôde. Pour couronner le tout, il y a urgence, car on apprend rapidement que les pôles vont de nouveau s’inverser (l’océan reprendra donc sa place) d’ici quelques jours. Il ne faut surtout pas que nos protagonistes demeurent statique : un gentil road movie se met doucement en place.
Malheureusement, les péripéties restent somme toute assez banales. La scène d’ouverture est suffisamment bien ficelée pour éveiller notre intérêt de spectateur, mais le soufflé retombe rapidement. Au lieu d’être mené tambour battant, Survivre s’enlise dans un ventre mou interminable.
Il nous restera de belles images du désert marocain (c’est également là qu’a été tourné le génial Sirât, actuellement sur les écrans) et une prestation honnête d’Emilie Dequenne en mère de famille. Survivre est une intéressante tentative, qui par son budget court sur pattes fleurte avec la série B, mais qui propose quelques scènes saisissantes qui font bien plaisir dans le panorama cinématographique français.