Survivre au progrès, réalisé par Mathieu Roy en 2012, est un documentaire qui m’a interpellé par l’ampleur de son ambition. Il cherche à alerter, à faire réfléchir, voire à secouer nos certitudes sur ce que l’on appelle le "progrès". Et si j’ai trouvé cette intention à la fois légitime et bienvenue, je suis sorti du visionnage avec un sentiment mitigé – comme si le message, malgré sa pertinence, n’avait pas totalement trouvé sa forme idéale.
D’un côté, j’ai apprécié l’audace du film : il ose poser des questions que l’on élude trop souvent. Sommes-nous vraiment en train d’évoluer, ou de nous enfoncer dans une logique destructrice masquée par la technologie et la croissance ? En convoquant des penseurs comme Ronald Wright ou David Suzuki, le documentaire gagne en profondeur. Certaines interventions m'ont vraiment marqué, notamment lorsqu’il est question de "pièges de progrès" – ces solutions qui créent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent. Ces moments-là m’ont parlé, presque bousculé, et c’est là que le film est à son meilleur.
Mais à d’autres instants, j’ai eu le sentiment que le propos s’éparpillait. Le film aborde beaucoup de thématiques – peut-être trop – et à force de vouloir tout couvrir, il perd en intensité. Il m’a manqué un fil rouge plus net, une progression plus construite. J’aurais aimé que certaines idées soient davantage creusées, qu’on prenne le temps d’aller au fond des choses au lieu de survoler un peu trop vite certains enjeux essentiels.
Visuellement, le documentaire est sobre et bien réalisé, mais il ne m’a pas vraiment surpris. L’esthétique reste classique, presque trop lisse par moments. J’aurais aimé voir une réalisation plus incarnée, plus singulière, qui porte davantage la voix du réalisateur. Il y a une forme de retenue, là où j’aurais préféré plus de prise de risque, plus d’originalité, ne serait-ce que pour mieux faire passer l’urgence du propos.
Cela dit, je ne peux qu’admirer l’intention derrière le projet. À sa sortie, en 2012, il était en avance sur bien des débats qui ne font aujourd’hui que prendre de l’ampleur. En cela, Survivre au progrès mérite d’être vu, ne serait-ce que pour encourager ce type de prise de parole. Même s’il ne m’a pas totalement convaincu dans sa forme, il m’a quand même donné envie de creuser les sujets qu’il aborde. Et c’est déjà beaucoup.
En résumé, c’est un documentaire qui mérite d’être salué pour sa volonté de faire réfléchir, même s’il laisse une impression de potentiel partiellement réalisé. Un film nécessaire, mais pas tout à fait abouti.