La filmographie de Takeshi Kitano est, somme toute, assez limpide: Une première partie où il alterne films de yakuzas et métrages plus légers et intimistes, puis au début des années 2000, plein d'une gloire internationale, il essaye autres choses, change de registre (Dolls, Zatoichi), avant de faire son introspection, s'interroger sur la figure emblématique de la culture japonaise qu'il est au travers d'une trilogie dont Takeshis' est le premier opus.
Et c'est intéressant, il fait preuve d'une belle auto-dérision, semble même culpabiliser d'avoir aussi bien réussi quand d'autres galèrent, joue sur la dichotomie au sein de sa carrière même, entre le clown et le tueur froid, et y ajoute ses marottes, son goût pour le spectacle vivant, et son humour absurde, loufoque. Et de tirer les enseignements de cette auto-analyse, en revenant opportunément (cyniquement ?) à cette figure de yakuza, dans cette dernière partie de film où il multiplie les fusillades au-delà de l'absurde, comme dans sa carrière en faisant la trilogie Outrage.
Malheureusement, plus qu'un autoportrait psychanalytique, Takeshis' se doit aussi d'être un film, et là c'est plus compliqué. Parce que ça n'embraye jamais vraiment sur les possibilités offertes en terme d'intrigue, ça saute d'une séquence à l'autre au gré des envies, et si c'est régulièrement drôle et surprenant, ça traîne franchement en longueur.
Bref, c'est peut-être une représentation fidèle de la psyché de Kitano, parce que c'est comme le souvenir que l'on a d'un rêve: bordélique, décousu, et plus long en ressenti qu'en réalité.