S'attaquer à ce faux biopic sur une cheffe d'orchestre contemporaine incarnée par une Cate Blanchett froide et calculatrice n'est pas une mince affaire tant le film est dense et bourré de références. Vu lors de sa sortie en salles, il me tardait de revoir ces deux heures trente de vertige sur fond de symphonies de Gustav Malher.
Une première partie, particulièrement verbeuse et érudite, multiplie les références à des compositeurs, des philosophes et de prestigieux chefs d'orchestre. Si cette avalanche de name dropping peut d'abord dérouter, elle contribue à ancrer le personnage de Lydia Tár dans une réalité crédible. Une démarche qui n'est pas sans rappeler celle de Brady Corbet pour The Brutalist, où la profusion de détails participe elle aussi à la construction d'un univers d'un réalisme saisissant.
Le film va rapidement s'attarder sur la personnalité trouble de Tár, une femme prête à séduire son entourage pour parvenir à ses fins, mais aussi à manipuler ceux qui l'entourent afin d'étouffer d'embarrassantes rumeurs. C'est là que le récit déploie toute sa virtuosité, faisant osciller le spectateur entre des scènes d'une ampleur saisissante et une plongée progressive dans la folie narcissique de son héroïne, ainsi que dans les conséquences dramatiques de ses actes. Sans jamais céder au moralisme, le film rappelle que l'ambition ne saurait tout justifier. La chute, aussi inévitable qu'orchestrée avec finesse, conduit alors le dernier acte vers une forme de rédemption, à l'image du mouvement final d'une grande œuvre symphonique.
Si vous appréciez des œuvres mettant en scène des personnages tragiques et complexes, je ne peux que vous recommander la vision de ce troisième long métrage de Todd Fields.
L'orchestre n'est pas une démocratie