Tardes de soledad conçoit son dispositif de mise en scène et les contraintes qui pèsent sur son ambition documentaire comme autant de corridas à part entière puisqu’il s’agit, avec les différentes caméras installées autour de l’arène, de capter les élans, les sursauts, l’épuisement de deux puissances au contact l’une de l’autre, d’anticiper les déplacements pour immortaliser le Beau d’un spectacle aujourd’hui décrié. Sans prendre parti pour ou contre la tauromachie, Albert Serra la restitue comme un spectacle de vie et de mort, similaire en cela à ses précédentes œuvres (de fiction, elles), ancré dans le respect de traditions que le cadre contemporain modernise ; cela crée des images nouvelles, tels le rituel de l’habillement durant lequel un costume d’un autre âge est enfilé périlleusement dans une chambre luxueuse ou celui des déplacements incessants en bus privé. En sous-texte, une réflexion est menée sur les deux corps d’un roi symbolique soucieux d’atteindre et de figurer la « vérité de toréer » – d’où le choix du documentaire –, adoubé en clausule puis derrière les vitres et portes de son véhicule : un corps que l’on émascule symboliquement, en témoigne le collant qui, recouvert d’autres pièces de tissu, fait disparaître son sexe, et qui reconquiert sa masculinité en ravissant celle du taureau, sans cesse insulté et ainsi raccordé à ses parties génitales.
En dépit d’une construction quelque peu redondante, quoique mimétique du quotidien de Andrés Roca Rey, Tardes de soledad s’impose comme l’une des œuvres les plus saisissantes et belles de l’année 2025.