Après le lamentable Déguns (2018), Ténor atteste l’attachement de Claude Zidi Junior aux personnages issus des banlieues qui se heurtent aux institutions et aux classes sociales favorisées. Le livreur de sushis gravit les marches de l’opéra, essuie le mépris de ceux qui y étudient, apprend les codes de la bonne société pour s’y conformer et entraîner avec lui ses amis, lors d’une dernière séquence qui ressemble, à s’y méprendre, à l’invasion animale du lieu par une horde de survêtements et de baskets.
Le film semble disposer des meilleures intentions du monde, soucieux de révéler derrière chaque rappeur des cités un chanteur lyrique qui s’ignore, mais se prend les pieds dans le tapis de la morale bourgeoise bien-pensante qui échoue à éveiller Antoine à la culture ; en lieu et place, ce dernier est un fantoche qui fait à la fois sourire les riches par son langage et sa grossièreté, et les conforte dans l’idée qu’ils accomplissent, grâce à lui, une bonne action. Dit autrement, nous n’avons accès qu’au triomphe du quota et qu’à la promotion de l’ascenseur social républicain ; le propos politique ne vaut guère davantage que les balbutiements conflictuels entendus sur nombre de plateaux télévisés actuels.
Si les acteurs jouent convenablement, leur jeu souffre d’une écriture stéréotypée qui rend les enjeux prévisibles. La mise en scène demeure conventionnelle et illustrative ; elle ne témoigne ni d’une maîtrise quelconque ni d’une ambition esthétique. Voilà une production médiocre qui risque de plaire, compte tenu des bons sentiments et des clichés qu’elle véhicule.