Plus tellement attendu, « Terminator 3 – Rise of the machines » sort 2003, réalisé par Jonathan Mostow, unfaiseur hollywoodien assez lambda, engagé uniquement pour sa capacité à délivrer des œuvres correctes, et surtout pour sa docilité. Le métrage n’est qu’un véhicule à la gloire d’Arnold Schwarzenegger, dont la carrière était plus que dans le creux de la vague. Assez mésestimé, peut-être hâtivement, mais peut-être pas à tort, il est cependant une chose qui est certaine avec « Terminator 3 », c’est qu’il ne parvient jamais à atteindre la hauteur de ses prédécesseurs. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer, c’est un actioner honnête, plutôt bourrin, assez bien emballé, et qui cherche à rester fidèle avec l’univers et la mythologie Terminator.
Et c’est aussi là tout le problème : cette suite ne parvient jamais à se défaire de cette position de séquelle. Le métrage souffre sans cesse de la comparaison avec son illustre prédécesseur, l’indétrônable « Terminator 2 - Judgment Day », qui pas de bol, est même certainement l’un des plus grands films jamais réalisés. James Cameron ayant mieux à faire, profitant du succès de « Titanic » et poursuivant son exploration des fonds marins, il laissa donc les commandes de la franchise à des producteurs. C’est là ce qui caractérise « Terminator 3 », ce n’est plus un objet pensé et mis en scène par un auteur, mais un produit formaté, qui correspond à un cahier des charges précis.
Il ressemble à n’importe quel film d’action lambda du début 2000, avec à l’intérieur des éléments qui viennent rappeler, avec insistance, que c’est bien un film Terminator. Ce besoin de s’apparenter à tout prix aux deux premiers volets le plombe sans arrêt, car il ne répond jamais à l’image de marque attendue. Bon, en même temps, il arrive plus douze ans après le deux, avec un Schwarzenegger de 56 ans, qui n’avait plus attiré les foules au cinéma depuis 1994, avec « True Lies » de… James Cameron. Aujourd’hui, « Terminator 3 », ça demeure un blockbuster de son époque, avec peu d’âme et peu de saveur, qui ne se bonifie pas avec le temps, mais n’en est pas pour autant plus mauvais. C’est juste, un film d’action.
Jamais innovant, toujours dans la redite, sans cesse en train d’essayer de rappeler sa filiation avec « Terminator 2 - Judgment Day », le métrage évoque davantage un patchwork sans réelle cohésion, singeant ici et là des passages emblématiques, sans proposer de personnalité marquée. À l’image du méchant cyborg, le T-X (parce que T-X, ça claque), qui adopte des traits féminins, et ne fait pas grand-chose de plus que le T-1000 immortalisé par Robert Patrick, si ce n’est qu’il est moins bien. Même si, elle est plus jolie à regarder, et puis qu’en plus elle a des boobs qui gonflent automatiquement. lol. Oui, on en est à ce niveau, les scénaristes et producteurs du film étaient certainement des gens de très bon goût… Je vous en laisse juge.
Ce robot, encore plus high-tech que le T-1000, est envoyé pour tuer non pas une personne, mais une demi-douzaine, les futurs lieutenants de John Connor. Donc, si on prend le temps de résumer, dans « Terminator », un T-800 affronte un humain pour tuer UNE femme, ça ne l’a pas fait. Dans « Terminator 2 », un T-1000 affronte un T-800 pour tuer UN enfant, ça ne l’a pas fait. Alors, cette fois, ils envoient un T-X affronter un T-800 pour tuer SIX personnes. Je vous laisse deviner comment que ça va finir. (le T-X se fait défoncer).
Bon, j’admets, je fais un petit peu preuve de mauvaise foi, parce que le film parvient à surprendre dans son dernier tiers. En sa qualité d’œuvre post -11 septembre, « Terminator 3 » se risque à proposer une fin particulièrement pessimiste, ce qui en soit est audacieux. Et le métrage a au moins ça pour lui, c’est qu’il ose. Malheureusement ça arrive un peu tard, et si l’ensemble avait été pris un petit peu plus au sérieux, il aurait pu devenir bien plus que ce qu’il n’est. Petit exemple, l’introduction du T-800 montre Schwarzy débarquer dans une boîte de chippendales, au son de… Macho Men des Village People. Comme dans le 2, il emprunte des vêtements en cuir, et se retrouve à porter de grosses lunettes roses en forme d’étoile. lol. La séquence peut faire rire, mais elle provoquer surtout une peine immense.
Ensuite, le récit s’attarde très peu plus sur la traque des lieutenants de John Connor,
qui occupe, en tout et pour tout, les cinq premières minutes. C’est quand même dommage, parce qu’il y avait là un moyen d’échapper à la redite de la traque d’une seule personne. Puisque que la suite, elle s’axe principalement sur Kate Brewster, la future femme de John Connor, incarnée par Claire Danes, dernière cible du T-X. Sauf que… ben plutôt qu’être haletant, ça préfère taper dans la comédie de boulevard un peu naze :
_« Tu ne peux pas être mon mari, tu es trop moche ! »
_« Tu n’es pas mon type non plus, figure toi ! »,
Ha ha ha, tensions sexuelles. lol. [nudge nudge wink wink]
Production des années 2000 oblige, c’est des effets spéciaux à tout va, lorsque dans le deuxième opus, bien que présent, ils étaient utilisé modérément. Bon, aussi parce que ça coutait une blinde en 1991. Dans le peu de séquences du futur, qui dans le 1 et le 2 avaient la mégaclasse, avec leurs décors faits de maquettes, ici c’est super cheesy, mais dans le mauvais sens du fromage. De plus, un petit détail fait tiquer, c’est l’omniprésence du drapeau américain. Un énorme stars and stripes trône par exemple derrière le John Connor du futur, qui est censé être le leader de la résistance de toute l’humanité, pas juste celle des États-Unis. Et durant tout le film, la bannière étoilée apparaît un peu partout, en arrière-plan.
Cela était totalement absent des deux premiers Terminator, car leur propos était avant tout universel, ce n’était pas des œuvres américanisés. Bien au contraire même, puisqu’ils se faisant en outre très critique envers la vitrine de l’American Dream en toc des années Reagan. Bon, peut-être aussi parce que James Cameron est Canadien, et que son propos est situé bien au-delà d’un simple drapeau et d’une simple frontière. De plus, SkyNet, la multinationale en roue libre qui menace l’humanité, ben, elle est étatsunienne. « Terminator 3 » se présente ainsi en œuvre post-traumatique étatsuno-centrée, avec toute la réflexion qui va avec, comme un patriotisme bas du front, où l’American Way of Life permet aux loosers, incel sur les bords, de devenir des chefs de guerre pour combattre un ennemi surpuissant. « Engagez-vous ». Hem…
« Terminator 3 » sort en 2003, soit deux ans après les attentats qui ont frappé le territoire étatsunien, et la même année que l’invasion de l’Irak par l’administration Bush, en violation totale avec le droit international. Il surgit dans un pays va-t’en guerre, et l’idéologie qu’il véhicule porte dans ce sens. John Connor n’est plus le chef de la rébellion contre les machines, il est un héro américain, qui résiste aux ennemis de l’Amérique. America Fuck Yeah. Il s’avère possible de voir ici le glissement du message particulièrement puissant présent dans « Terminator 2 », pour comprendre que cette suite n’est rien d’autre qu’une œuvre patriotique. Elle n’est d’ailleurs pas sans rappeler les grandes heures d’Hollywood du temps de la Guerre Froide.
Le cinéma étatsunien connait au début des années 2000 un nouveau paradigme perceptible dans à peu près toute la production. Que ce soit dans des œuvres orienté en faveur de l’identité étatsunienne, comme ce « Terminator 3 », mais également dans des productions qui se montrent critiques envers les dérives autoritaires de l’administration Bush. Même si ces œuvres arrivent un petit peu plus tard, lorsque l’invasion de l’Irak se révélera être un véritable fiasco, et que les questions de la légitimité d’une telle entreprise commenceront à se poser au sein de la société. Le film de Jonathan Mostow s’impose comme un symbole de ce qui se passe à Hollywood à cette époque, et, de fait, il y a une rupture très nette entre les deux premiers « Terminator » et cette suite tardive. Du fait qu’elle arrive dans un pays qui n’est plus le même, et de surcroît dans un monde totalement différent.
Entre « Terminator 2 – Judgment Day » en 1991 et « Terminator 3 – Rise of the Machines » en 2003, il y la chute du bloc communiste au début des années 1990, puis les attentats du 11 septembre au début des années 2000. Ces deux évènements ont totalement réorganisé l’échiquier international, forçant à chaque fois les États-Unis à revoir leur position et leur rôle dans la géopolitique. Le monde dont parle « Terminator 2 » est en ce sens très différents de celui présenté dans « Terminator 3 ». James Cameron y jouait la carte de l’anticipation, ce qui lui permettait de ne pas donner une réelle unité temporelle à son film, qui se passe en plus dans un futur alternatif. Cela le rend de fait pertinent, universel et intemporel. Jonathan Mostow, lui, il joue la carte de l’actualité, avec un métrage qui nous est contemporains, avec des problématiques actuelles et donc très ancrées dans le monde de 2003.
Cela empêche « Terminator 3 » de passer dans la postérité, et de demeurer incisif une vingtaine d’années après sa sortie, quand « Terminator 2 » reste d’une modernité terrifiante, même plus de trente ans après sa réalisation. Et c’est pourquoi « Terminator 3 » n’est pas vraiment un bon Terminator. S’il en reprend tous les aspects formels, fondamentalement, il n’a rien compris à ce qui fait des films de James Cameron des monuments du septième art, et bien au-delà, des piliers de notre pop culture. Ça ne veut pas spécialement dire que « Terminator 3 » est un mauvais film, c’est juste que c’est une production sans grande envergure, qui ne transcende jamais son message, demeurant un simple témoin passif de son époque troublée.
Néanmoins, niveau divertissement, « Rise of the Machines » se révèle des plus correct. Il se paye notamment le luxe d’une course poursuite destructrice particulièrement impressionnante, dans la grande tradition de la franchise. Toute une rue de Los Angeles est détruite lors d’une spectaculaire séquence avec de gros camions, pour bien rappeler que c’est un Terminator [nudge nudge wink wink]. Le métrage est plutôt rythmé, et, même s’il se plombe à vouloir sans cesse se placer dans la logique linéaire des deux premiers, la trame n’est pas si inintéressante. Tout un arc narratif avec une histoire de virus informatique, bien qu’exploité avec le cul, rappelle néanmoins la menace invisible qui prenait tout son sens dans le 2.
Ce n’est pas tant que « Terminator 3 » plombe une velléité de conclure une trilogie, c’est surtout qu’il n’apporte rien, car il n’a pas grand-chose de plus à raconter. Cela fait qu’il prend le chemin opposé de son prédécesseur, avec une apocalypse devenue inéluctable. John Connor à un destin, et il doit l’accepter, comme Kate Brewster, sa future femme. Ici, c’est la fatalité qui forge le récit et dicte l’action des protagonistes. Et l’humanité est vouée à la destruction, quoi qu’il arrive. C’est un contre-pied total au travail de James Cameron, qui, justement, faisait de la fatalité une notion surannée. Chez Cameron, il n’y a pas d’autre destin que celui que l’ont choisi, quand, chez Mostow, et bien, ce destin est inévitable. Ça n’a plus rien à voir, donc, dans le fond, ce trois n’est plus un Terminator.
Et pourtant, le métrage se donne du mal en empilant tous les clins d’œil possible, à l’instar d’une des victimes du T-X qui travaille dans la même chaine de fast food que Sarah Connor dans le premier film. C’est là le symptôme d’une production qui n’arrive jamais à se détacher formellement, afin de trouver une identité propre. En ce sens, « Terminator 3 » ne vaut pas grand-chose comme continuité de la franchise. Il est mieux de le voir comme une aventure alternative, une sorte de rip off correct, reprenant le concept des deux premiers. Surtout, depuis la sortie de « Terminator – Dark Fate » en 2019, et bien les évènements de ce troisième film sont rendu obsolètes, et ne correspondent plus à la chronologie globale telle que pensée par James Cameron. Et bon, si c’est le créateur de la franchise qui le dit…
Enfin, voilà, « Terminator 3 » est un métrage qui ne se démarque jamais, autrement que par sa bêtise patriotique, et ses gags bas de plafonds qui font pitié plus que rire. Mais en tant que petit film d’action divertissant, il se défend complètement, surtout dans la production du début des années 2000, qui a vu l’essoufflement, puis l’effondrement du blockbuster à l’ancienne, celui percutant et fun de la seconde partie des années 1990. Oubliable, dispensable et inutile, « Terminator 3 » est bien une preuve supplémentaire de la nécessité d’avoir une véritable personnalité derrière une œuvre cinématographique, pour lui apporter une réelle vision, lui donner de l’importance et une vraie texture. Pour ne pas juste se retrouver avec un film lambda, taillé pour les vidéoclubs en voie de disparition.
« Terminator is terminated ! »
-Stork_