The Amusement Park est un moyen métrage singulier signé George A. Romero, longtemps considéré comme perdu avant sa redécouverte tardive. Commandé par une organisation catholique désireuse de sensibiliser à la condition des personnes âgées, le film dépasse très vite son cahier des charges initial pour devenir une œuvre profondément dérangeante.
Romero s’empare du sujet avec une radicalité inattendue. Là où ses commanditaires attendaient sans doute une œuvre pédagogique, il livre une expérience sensorielle proche du cauchemar. D’une durée d’une cinquantaine de minutes, le film s’ouvre sur un monologue : un vieil homme, errant dans le décor d’un parc d’attractions, s’adresse directement au spectateur. Cette introduction, presque didactique, agit comme un avertissement — une précaution que la congrégation religieuse jugeait nécessaire face à la violence à venir.
Car The Amusement Park est tout sauf rassurant. Le protagoniste, vêtu de blanc, devient le guide d’une descente aux enfers où chaque attraction révèle une nouvelle forme d’humiliation infligée aux personnes âgées. Rejet, mépris, invisibilisation : la société tout entière est mise en accusation. Le parc devient une métaphore cruelle, un espace où l’absurde côtoie une brutalité presque documentaire.
On retrouve ici toute la signature de Romero : une image brute, sans fard, qui refuse toute complaisance. Le film est âpre, inconfortable, parfois même éprouvant à regarder. Rien n’y est apaisant, tout concourt à créer un sentiment de malaise persistant. Mais derrière cette rudesse formelle se cache une richesse indéniable : une profusion d’idées, une inventivité constante dans la mise en scène, et une capacité rare à transformer un dispositif simple en une allégorie puissante.
Plus qu’un simple film de commande, The Amusement Park s’impose comme une œuvre à part, radicale et profondément politique, où Romero expérimente un cinéma de l’inconfort pour mieux confronter le spectateur à une réalité souvent ignorée.