Ce film que l'on apprend à aimer avec le temps

The Artist, monument du cinéma, a fait briller la France à l’international. Michel Hazanavicius, dont je n’aimais pas particulièrement le travail jusque-là (OSS 117), démontre avec ce film qu’il a un talent fou.

Mais en toute franchise, j’ai moyennement apprécié le film lors de mon premier visionnage. J’avais été désarçonné par le style rétro, et comme le film a connu un succès retentissant, je l’avais visionné avec beaucoup trop d’attentes, et j’avais été déçu. L'histoire est efficace, mais plutôt sommaire, surtout pour ce qui est du sujet du cinéma muet, que j’adore, je précise.

Surtout, je dois dire que j’ai sous-évalué ce film aussi en partie à cause de la participation de Jean Dujardin, qui est certainement l’acteur français dont je me désintéresse le plus. Je suis complètement hermétique au style et au genre (que semble se donner) cet acteur. Ce petit air suffisant, même joué, semble tellement ancré en lui qu’il m’apparaît avant tout antipathique. Je ne l’aime pas dans la série OSS, pas plus que dans The Artist, et même après un second visionnage, que j’aborde pourtant de manière plus objective.

En effet, douze ans plus tard, je redécouvre ce film, et toutes les petites subtilités, et parfois même des touches de génie, dont j’étais complètement passé à côté. L’histoire d’amour entre ces deux personnages noir et blanc (dans le sens littéral comme figuré, car les personnages viennent de deux planètes différentes) est très bien amenée, et particulièrement touchante. L’ambiance retranscrite des débuts du cinéma parlant est énergique et presque onirique. La reconstitution est magique. Bérénice Bejo est irrésistible, et j’ai aussi beaucoup aimé James Cromwell. La complicité entre George Valentin et son chien est aussi un élément que j’avais occulté et qui m’a beaucoup plus touché aujourd’hui. Je salue les efforts des deux acteurs principaux pour leur numéro de danse magistral.

Reste que Jean Dujardin me gâche toujours mon plaisir avec son air de benêt travesti en gentleman. Vraiment, je trouve que Michel Hazanavicius gagnerait à changer de poulain. Il y a tellement d’acteurs talentueux qui auraient pu carrément sublimer ce rôle (quoi que tout le monde en dise, je pense que ça aurait pu être mieux)…

Enfin, le plus gros défaut que je trouve au film, et là, c’est mon âme d’artiste qui s’emballe, et je n’arrive pas à pardonner cette lacune, c’est que l’œuvre ne va pas au bout des choses dans son concept. Je comprends très bien l’idée de plonger George Valentin, acteur muet, dans un monde qui découvre les sons. Cette séquence est magnifique. Mais pourquoi, bon sang, le monde revient à la normale l’instant d’après ? Quelle arnaque. Il aurait fallu que George poursuive sa marginalisation imagée, l’acteur aurait dû rester muet, et le reste du monde continuer à se sonoriser, jusqu’à ce final de danse merveilleux, où il aurait pu embrasser le son, et oser enfin s’exprimer. Sa solitude et son désarroi auraient été plus grands encores. C’est une vraie frustration, le film mériterait une deuxième version. Je n’arrive pas à le comprendre d’autant plus que je viens de découvrir le dernier film du réalisateur, La Plus précieuse des marchandises, et qu’il apparaît évident que c’est un maître de l’émotion et de la dramaturgie. The Artist aurait pu être beaucoup, beaucoup mieux.

Reste qu’il est déjà un monument, un monument sur des fondations inachevées, mais un monument tout de même, et je reconsidère l’œuvre aujourd’hui avec mes sept étoiles.

Créée

le 28 nov. 2024

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Casse-Bonbon

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