Je ne sais pas pourquoi certains ont eu l'idée de dire que The Bikeriders était un Goodfellas à motos. Rien ne me semble plus éloigné de la réalité.
Le style de Scorsese est incisif, virevoltant et dynamique quand celui de Nichols est tout l'inverse.
The Bikeriders est clairement un film d'auteur où il ne se passe pas grand chose. On ne tremble pas pour les personnages et on ne ressent que peu d'émotions. On se trouve entraîné avec ces types, sur des motos, dans des bars à boire des bières, dans des bagarres et ainsi de suite. Nichols filme un groupe d'individus délaissés, en quête d'identité, à la façon d'une enquête sociologique. Il vient prendre à contre-pied le rêve américain et l'image tonitruante qu'on pourrait avoir de ces bikers. Ils filment des types dont la société n'a pas voulu, dont l'armée n'a pas voulu et qui ont décidé de rouler ensemble, pour aller nulle part. Ce qui est intéressant dans le film, c'est que leur fuite en avant ne mène nulle part. L'horizon, plat et sans fin de l'Illinois qu'ils parcourent, ne débouche sur rien. Ils reviennent au point de départ: le bar et les bagarres. Certains meurent, certains veulent changer de voie. Rien ne se passe. L'Amérique n'a rien à leur offrir alors ils prennent leur part du gâteau. Cela donne au film un faux rythme, une lenteur qui lui porte parfois préjudice. Ces motards sont clairement les exclus du système (comme tant d'autres aux USA) et cette exclusion a pour résultat les liens forts qui les unissent. Entre marginaux, on se rassemble et on se jure fidélité. La moto est plus forte que le mariage et certains se disent désireux de crever sur leurs deux roues.
Avec le temps, leur mouvement grossit et devient une masse incontrôlable. On ne roule plus pour le plaisir de rouler, on roule pour imposer une domination (criminelle) sur les autres. Les exclus ne se contentent plus de griller les feux rouges, ils deviennent de véritables criminels. Mais Nichols s'est concentré sur ce groupe d'hommes qui se sont construits une identité et une famille. Ils n'ont rien de glorieux et n'épatent pas grand monde. Ils étaient simplement à la recherche d'un refuge. Ils se sont construits en réaction à.
Ils sont à l'image du film et des plaines de l'Illinois: plats.