The Bikeriders commencerait presque comme une comédie romantique sous la caméra de Jeff Nichols, avec sa rencontre initiale dans un lieu incongru, sa girl next door et son beau bad boy ténébreux que l'on jurerait de papier glacé.
The Bikeriders continue comme une comédie romantique, avec son coup de foudre, son union météorique, son triangle amoureux et ses jalousies. Car cette girl next door, elle va devoir partager son homme avec sa passion de la belle mécanique. Et ses potes motards aussi... Dont surtout le président du club aux allures de vieux lion faussement placide, campé par un Tom Hardy revenu d'entre les morts depuis Venom.
Jeff Nichols raconte l'histoire de ce club par la bouche et par les yeux de son héroïne, Kathy. Un regard et des paroles décrivant une communauté à la marge de la société, un mode de vie, ainsi qu'une certaine idée du paradis des années soixante américaines qui peu à peu s'enfuit.
The Bikeriders semble décrire une sorte de nostalgie de cette vie en dehors des codes, avant de se rendre compte que celle-ci est cependant vite rattrapée par d'autres codes : ceux de cette famille de substitution qui vampirise votre existence et qui, pour certains, représente littéralement tout ce qu'ils ont pour exister quelque peu.
Cependant, la galerie de portraits proposée par l'oeuvre est immédiatement attachante grâce à nombre de seconds rôles savoureux et sur lesquels Kathy porte un regard tout aussi lucide que doux-amer.
Et si une certaine forme d'idéalisation semble d'abord porter le film, celle-ci laisse finalement la place, peu à peu, à un étrange sentiment qui vient assombrir The Bikeriders. Comme la fin d'une innocence, ou d'une immaturité, se fanant à l'orée des années soixante-dix et du retour du Vietnam...
… Et surtout, de cette violence gangrénant irrémédiablement le groupe des Vandals, élément consubstantiel de sa croissance et de son développement à travers tout le pays. Et si beaucoup parleront dans leur argumentaire du motif Scorsesien des Affranchis pour vous décrire The Bikeriders, cet aspect de l'oeuvre, dépeignant une société parallèle pourrissant lentement et échappant à ses créateurs, pourra aussi faire penser à ce que racontait Fight Club en 1999.
Ainsi, de presque comique et libérateur dans l'utilisation de sa violence au début du film, Jeff Nichols secoue son public dans la dernière ligne droite, pas très surprenante, mais signant l'avènement d'un véritable gang ayant mangé ses enfants. Soit l'expression d'une énergie sombre, de véritables spasmes ou pulsions de destruction faisant de The Bikeriders un petit diamant noir recouvert des chromes rutilants de son monde et de ses aspirations disparues.
Behind_the_Mask, qui aura au paradis mais dans un train d'enfer.