Tout joue sur le double dans ce film, les deux femmes dans la vie de Matty, les deux parties du film, les deux écrans côte à côte du film Nana et du film que réalise le personnage de Dennis Hopper, les deux grossesses, et tant d'autres éléments.
On a là une pure descente aux enfers, classique dans sa conceptualisation de la drogue et l'alcool qui tire vers le bas, mais avec Ferrara derrière la caméra. Le montage, la mise en scène, le jeu des acteurs rendent cette histoire glaçante et prenante. On est toujours dans des symboliques et des effets qui subliment ce film.
Il y a déjà un rapport au cinéma et à l'image très fort et primordial tout au long du récit à travers pas mal de mise en abyme. Des hommages déjà (Nana, l'affiche de huit et demi), le jeu sur le film qui est réalisé avec toutes les étapes de création d'un film discutées, la caméra qui filme les sessions de la thérapie de Matty, lui-même star hollywoodienne célèbre. Ferrara joue beaucoup sur la dualité, le rapport entre la création et la destruction, le bébé face à l'avortement, la réalisation d'un film qui s'inspire mais sexualise et pornographie un film plus ancien, l'acteur qui a créé une image à l'internationale pour tant de fans qui ne sait rien faire d'autre que détruire sa vie personnelle. Malgré son statut de star, la chute n'est pas très loin. La séquence avec la serveuse est géniale, jouant comme un effet miroir pour Matty afin de se représenter Annie déjà partie. Dans cette séquence est la plus présente la notion de mélange complet de la réalité, il ne sait plus du tout où il en est, pense parler à son Annie et tombe complètement dans une psychose bien représentée par le montage en plans courts qui s'enchaînent. Le montage est beau aussi sur les séquences de cauchemar avec les superpositions de plans, autre beau moment psychotique.
J'ai beaucoup aimé la présence très forte de l'eau dans la deuxième partie, comme un moyen de tentative de se purifier de son passé. Malgré ça certaines choses fonctionnent moins, comme sa rechute dans la deuxième partie qui arrive un peu bizarrement j'ai trouvé.
Tout le film nous confond sur la réalité de l'histoire, que l'on découvre au fur et à mesure, et la fin met un peu dans l'embarras en quelque sorte, sur ce qu'il retrouve comme objet principal de son désir.