J'en ai vu des films ratés. Mais alors des catastrophes industrielles comme ça, je suis pas certain. Il faut savoir que le film est bouclé depuis plus d'un an, mais que Warner ne savait vraisemblablement pas quoi en foutre, au point de monter, remonter et reremonter le bousin.
Et comment dire que ce développement chaotique transparaît à CHAQUE seconde du long-métrage. J'ai rarement vu un fourre-tout aussi mal branlé, ratant absolument tout ce qu'il entreprend. Il faut le voir pour le croire, l'œuvre est montée n'importe comment, se contredisant en permanence, avec des personnages qui changent littéralement de caractère au détour d'un cut. On ne comprend jamais ce que le film veut faire de son sujet, et on finit par se demander s'il le sait lui-même. Sans doute se voudrait-il être une grande fable féministe, sauf que le récit produit à peu près tout l'inverse.
Tous les personnages sont d'une nullité abyssale, avec en tête de file Jessie Buckley en folledingue éloquente, qui nous ferait presque regretter le Joker de Jared L'étron. Comme on pouvait le craindre, Christian Bale fait du Christian Bale, ne parvenant jamais à se fondre dans son costume d'Halloween (pourtant impeccable). Même constat pour tous les seconds rôles, Jake Gyllenhaal, Peter Sarsgaard, John Magaro, et j'en passe. Penélope Cruz finit d'achever la subtilité de l'ensemble, dans cette incarnation cruellement clichée et inoffensive de la femme forte, tentant de s'imposer tant bien que mal dans un milieu majoritairement masculin.
Ça voudrait traiter d'une société hypersexualisée, sauf que ça ne caractérise rien, donc tout paraît gratos et vain. L'écriture est toujours à côté de la plaque, ce n'est jamais drôle, jamais pertinent... Les facilités scénaristiques fusent dans tous les sens, et il m'est bien difficile de ne sauver ne serait-ce qu'UNE seule scène au milieu de ce marasme thématique. Sans même parler du fait d'utiliser l'esthétique queer, drag et punk, pour n'en tirer qu'une masse aussi superficielle et bruyante.
L'esquisse de cette « révolution féministe » (complètement survolée) ne tient jamais debout, tant les liens derrière cette sororité sont inexistants. Une piste de toute manière balayée par l'évolution des personnages féminins, qui ne vont fatalement se construire qu'autour des figures masculines. Parce que bon, première scène d'intimité, Buckley qui propose à son mari de le sucer car, je cite, « peut-être que ça me rafraîchira la mémoire »... vraiment, personne ne s'est dit que c'était une idée de merde ?
C'est assez dingue d'atteindre un tel niveau de contre productivité dans le traitement des thématiques féministes, d'autant plus que le film semble convaincu de se réapproprier avec malice les écrits de Mary Shelley. D'ailleurs, au menu des idées particulièrement merdiques, l'œuvre décide de convoquer à plusieurs reprises la femme de lettres britanniques, à travers un montage alterné en noir et blanc (avec Buckley en alter ego) d'un amateurisme inconcevable.
Le plus ironique dans tout ça, c'est que le film est exactement ce qu'il dépeint : un tas de pièces recousues ensemble n'importe comment, au point d'obtenir une pure monstruosité, qui n'ose même pas regarder son propre reflet. Je mets quand même 2/10, pour l'emballage technique très solide. Mais je préfère 1000 fois me retaper Joker : Folie à deux que ce désastre sans queue ni tête. C'est dire.
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