THE BRUTALIST s'annonce comme étant la reconstruction massive de l'être humain après la destruction physique et morale de celui-ci. Le sujet étant posé, Brady Corbet parvient à faire de cet exercice un tour de force monumentale autant dans l'image que dans le scénario. Si la reconstruction de l'être humain est ici présenté en diplopie avec son côté fédérateur au travers l'architecture et son côté humanisant au travers la psychologie, il est question de montrer toute la puissance des émotions que suggère les édifices. Le cri du cœur c'est de faire passer un message à l'aide de son art, le temps passe mais les édifices restent, les édifices restent alors le message reste. C'est toute la puissance analogique qui est proposé dans THE BRUTALIST et c'est brillant.
Quand la pellicule défile lors de la première partie, c'est le rêve américain qui découle, dans toute sa splendeur et son utopie flagrante bien que trop beau pour être vrai. C'est une véritable marche en avant qui s'opère avec des plans axés sur le devant d'une voiture ou d'un train qui défile à toute vitesse. Le pas est posé, une nouvelle vie commence. Tout est fait dans un éclairage tout à fait clair et révélateur de bonne augure dans un premier temps. Mais quand la deuxième partie survient après un entracte reposant et qui amène à la réflexion, le drame se fait plus sombre et incertain. Le beau temps est parti et l'obscurité psychologique et architecturale domine le récit. Les marbres d'Italie ne paraisse plus aussi éclatant quand ils apparaissent sous un regard malveillant. L'homme américain est ici un homme d'affaire, riche et influent, qui se rend compte de sa fragilité financière et qui est prêt à tout pour dominer et infliger le traumatisme une seconde fois.
Un récit parvient au tour de force quand il réussit à suggérer sans cesse, sans avoir recours à la simplicité de l'image brute. Le tout est d'imaginer avec notre puissance imaginative aussi destructrice et révélatrice qu'un morceau de pellicule pour s'imaginer l'horreur de la Shoah avant de suggérer que cette dernière n'était pas l'ultime horreur et que l'Amérique allait poursuivre ce triste dessein.
Toute la puissance du drame est également cette orchestration des relations, aussi complexe que bouleversante, qui place l'être humain au centre de son drame. Ce dernier qui ne cesse de nous donner le tournis car ce grand vertige ne s'arrête jamais au milieu de l'incertitude de l'issue de ce projet. Ce qui était un projet architecturale est finalement un projet de la renaissance de l'être détruit.
Ce film ne serait pas sans la performance magistrale et brute de Adrien Brody qui joue Laszlo dans toute sa complexité psychologique et sa détresse apparente. Tandis que Felicity Jones incarne un espoir de l'apparition d'une vie plus simple et douce, elle est littéralement bouleversante. Guy Pearce reste un personnage horrible et égocentrique qui est la clé d'activation à la recherche de soi, il était totalement bluffant !
THE BRUTALIST est un film brillant qui utilise l'art comme moyen d'expression et qui va au delà d'un simple mur de béton mais qui vient toucher directement nos sens, aussi bien dans l'image quand dans une BO splendide et marquante !