The Brutalist se présente comme un film puissant et grave, mais son discours appuyé finit par prendre le dessus sur le récit. À force de vouloir dénoncer, il enfonce des portes ouvertes et caricature ce qu’il prétend analyser.
Le problème central, c’est l’essentialisation. La plupart des personnages américains — sont des hommes blancs, riches et puissants — ne sont pas écrits comme des êtres humains mais comme des fonctions : exploiteur, raciste, dominant froid, violeur. Ils servent la thèse avant de servir l’histoire. On ne décrit plus des comportements, on désigne des coupables. Résultat : le film tombe dans l'essentialisme qu’il prétend critiquer.
Pour appuyer ce message, le scénario empile les drames et les humiliations, parfois de manière artificielle, juste pour bien orienter le spectateur émotionnellement. On sent la main qui pousse : “regarde qui est la victime, regarde qui est le bourreau”. Pendant ce temps, la réalité plus complexe — le fait que le héros travaille, s’intègre, crée — est presque passée sous silence, car elle compliquerait la fable.
Ce format colle parfaitement aux Oscars : film à message, coupables bien identifiés, autocritique spectaculaire de l’Amérique. Ça donne un cinéma qui veut à la fois s'accuser et se donner bonne conscience. On comprend alors pourquoi ça plaît aux académies… et pourquoi ça peut agacer les spectateurs qui cherchent autre chose qu’une leçon illustrée.
En bref : The Brutalist est techniquement brillant, mais trop occupé à flageller une figure collective (sans aucune nuance) pour laisser respirer ses personnages. La critique est nécessaire mais la façon de faire est problématique car on assiste moins à un récit qu’à une leçon de morale biaisée, reposant sur une essentialisation bancale : le héros est “étranger” quand ça sert le discours, “américain” quand il faut appuyer l’accusation.