The Christophers est comme une forme de théâtre de promenade qui donne constamment l’impression d’entrer dans un musée… tout en nous faisant questionner notre rapport au réel et au virtuel. On regarde depuis une salle de cinéma, renvoyés à l’idée que l’œuvre devient plus forte encore dans le regard du spectateur. Et pourtant, on est obligé de compléter l’œuvre d’art finale avec notre imagination — entre vrai et faux.
Ian McKellen, Michaela Coel et Jessica Gunning sont tous excellents, et la question de ce qu’est l’art prend une dimension bien plus forte que le dernier Spielberg, à mon avis. Londres y apparaît à la fois brillante, figée dans son quartier “Bloomsbury”, mais toujours fissurée par un Brexit ou un monde sous tension. Ian McKellen est hilarant, même quand le texte devient très dense. Michaela Coel impose une présence presque miroir - une sorte de toile blanche - parfaitement liée à tout ce qui touche à la perception / l’interprétation. Son monologue sur la peinture, la technique et une histoire d’amour dechiquetée est mon moment préféré du film. Les scènes de galerie sont magnifiques. Avec la disparition de David Hockney, le film prend une résonance particulière. Le souvenir du portrait de Christopher Isherwood et Don Bachardy m’est aussi revenu. Il met aussi en lumière les vestiges d’une société où certains pouvaient croire qu’il était possible de ridiculiser les “75%” en dessous d’eux sans conséquences — mais ils ne semblent même pas percevoir le basculement, et au final il y a quelque chose de profondément pitoyable dans ce qui leur arrive.
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