Tous les avantages et les désavantages d’un premier long-métrage ?
Dans ce premier long-métrage, Stewart nous partage le point de vue fragmenté et traumatique de la protagoniste principale, victime d’inceste, en construisant une expérience spectatorielle intense et désagréable. Mais c’est justement cette désagréabilité qui nous rapproche — avec, il me semble, une certaine justesse — de la subjectivité de l’héroïne : montage extrêmement rapide, fragmenté et discontinu, accompagné d’une bande-son rock et électro dynamique, mais aussi d’un travail fin et expérimental du bruitage et des cadrages serrés, donnant au film presque une allure de « clip vidéo ».
De plus, les allusions au viol, au sang et au trauma sont plus que suggérées, et le personnage, par son comportement, nous paraît froid et brut, nous empêchant alors de ressentir une forme d’empathie à son égard. Tout nous tient à distance et, en même temps, par la souffrance de l’expérience spectatorielle, nous met en proximité.
Cependant, cela n’empêche pas la réalisatrice de tomber dans certaines erreurs classiques du premier long-métrage : trop dense du point de vue des sujets abordés (inceste, toxicodépendance, désir d’être mère), trop plastique — certains effets de style relevant véritablement du pur formalisme —, ce qui rend parfois le film peu intelligible et quelque peu « lourdaud ». On sent que Stewart tente de se légitimer par une surmaîtrise technique.
Mais n’est-ce pas justement cet « élan » du premier film qui amène aussi la réalisatrice à une œuvre aussi intense, expérimentale et originale, tant dans sa forme que dans son propos ? Pas encore tombée — ce que je n’espère pas, d’ailleurs — dans un « lissage » propre aux grosses productions et à l’assurance acquise avec l’expérience, Stewart peut alors créer un film sur l’expérience traumatique féminine sans compromis.
Dans tous les cas, "The Chronology of Water" semble initier une future filmographie prometteuse pour la réalisatrice.