Ici, on aime bien Kriv Stenders, un réalisateur australien, touche à toutn, et qui n’aura jamais vraiment réussi à pondre un film vraiment définitif, mais dont l’œuvre persiste avec une abnégation presque anachronique de cartographier la culture et l'histoire de son pays. Je l’avais découvert avec Red Dog (le dernier grand héros de l’outback) et ses déclinaisons (la prequelle plutôt réussie et le terrible doc racontant la production du premier film et sa fin tragique à mort), mais on lui devait aussi le pas super convaincant western crépusculaire Dark Frontier (aka Lucky Country) avec ses desperados revenant de la Guerre des Boers, Australia Day, probablement l'un de ses meilleurs films, Kill Me Three Times une comédie un peu cave avec Simon Pegg ou le plutôt raté Danger Close (une bataille menée par l’Anzac au Vietnam)… En parallèle Stenders a pondu quelques documentaires comme celui consacré au pilote Peter Brock (Brock Over the Top) ou au légendaire Slim Dusty (le Johnny Cash australien) avec le fort sympa Slim & I… Et puis une flopée de séries TV, parmi lesquelles Jack irish, Last days of the Space Age ou l'intéressante, mais quand même foirée, resucée de Wake in Fright.

Ca faisait quelques années qu’il n’avait pas réalisé de long métrage de fiction, Danger Close datant de 2019, alors c’est avec beaucoup de plaisir et de curiosité que j’ai lancé ce Correspondent, un film qui revient sur l’histoire vraie de Peter Greste, un journaliste australien arrêté par la police égyptienne durant les évènements sociaux de 2013. Accusé de proférer de fausses informations et de financer les Frères Musulmans, il est condamné à 7 ans de prison… il fera 20 mois. Si l’introduction du film, jusqu’à l’arrestation, est plutôt convaincante, le film patine ensuite dans la création de son ambiance et la sensation que les acteurs qui s’agitent devant nous sont réellement en prison. Doté d’un script un peu flonflon, qui s'obstine à chercher un sens à cette histoire en délaissant assez vite la dimension géopolitique pour le drame personnel et le trauma qu’a laissé l’assassinat, quelques mois avant les faits ici traités, d’une amie journaliste au Yémen. The Correspondent fait tout pour être à la hauteur de son propos et de la responsabilité que l’illustration d’une telle histoire convoque, mais peine de bout en bout à convaincre. Les acteurs font ce qu’ils peuvent, mais ils ne pourront compter ni sur le texte du script, sans grand intérêt, ni sur l’approche formelle torchée proprement, mais sans passion ni génie. C’est pas facile un film de prison, l’ennui, la routine et l’angoisse constante que provoque une telle situation sont autant d'émotions aussi extrêmes que peu spectaculaire, visuellement parlant. Stenders est un élève correct, mais il lui manque le lyrisme qu’Alan Parker avait offert à Midnight Express en poussant son film vers une vision cauchemardesque, choisissant l’excès et le visuel aux dépends de la réalité du récit original. Ici, la déférence de Stenders avec son sujet, tout en étant pas vraiment capable d’en proposer un commentaire pertinent, condamne le film à n’être qu’un exercice appliqué. Pas désagréable, notamment grâce à la prestation de Richard Roxburgh dans le rôle de Greste, mais franchement oubliable et anecdotique.


MelvinZed
4
Écrit par

Créée

le 26 mars 2026

Critique lue 5 fois

Melvin Zed

Écrit par

Critique lue 5 fois

Du même critique

La Route

La Route

6

MelvinZed

le 17 mai 2024

Suivre

Critique de La Route par Melvin Zed

Oui, bon, je vais pas dire le contraire, c'est visuellement impressionnant et certains passages sont virtuoses. Voila. Mais bon, je reste quand même un peu déçu de ma lecture de la Route de Larcenet...

The Professor and the Madman

The Professor and the Madman

6

MelvinZed

le 29 juin 2019

Suivre

Critique de The Professor and the Madman par Melvin Zed

J'ai trouvé ça vraiment chouette à suivre, déjà parce que les dialogues sont souvent bien écrits et portés par des prestations réussies. Mel Gibson joue tout en retenue, glissant parfois quelques...

The Substance

The Substance

2

MelvinZed

le 3 nov. 2024

Suivre

Critique de The Substance par Melvin Zed

Y’a un paquet de trucs qui ne vont pas dans The Substance, le premier c’est la durée. 2h20 c’est trop, surtout quand ton propos pigne pas plus loin que « je vais illustrer littéralement l’idée que...