"The Creator" illustre très bien un paradoxe du cinéma, et de la science-fiction en particulier. Le film se vend comme une œuvre originale, n'étant pas une adaptation de livre/comics/jeu/série/film. Il ne cherche pas non plus à lancer des suites. C'est quelque chose qu'il faut évidemment saluer à l'heure des franchises à foison !
Mais ceci a un prix. Créer un nouvel univers de SF nécessite de développer des idées pour la plupart déjà largement abordées dans le cinéma. Et là-dessus, "The Creator" ne va pas de main morte. S'appuyant fortement sur moult références, allant du film de guerre ("Apocalypse Now" !), à la SF cyberpunk ("Blade Runner" pour l'esprit asiatique, "Animatrix" pour la lutte et la cohabitation entre humains et IA...).
Alors, "The Creator", vraiment original ? Je dirai plutôt oui.
D'abord parce que Gareth Edwards a réussi à bien digérer ses (nombreuses) influences, pour créer sa propre identité. Entre le sound design et les costumes/décors, on sent que tout a été recherché pour pondre un vrai univers de SF dans lequel on peut se projeter.
Ensuite au niveau des idées. Si la plupart ont déjà été traitées ailleurs, le film propose des réflexions intelligentes et bienvenues. Sur le transhumanisme (dans les deux sens !), ou la religion. Allant même jusqu'à comparer cette guerre entre IAs et humains à un conflit en mode Vietnam cyberpunk !
Et puis "The Creator" est un film généreux en spectacle, et (très) joli à regarder. La photographie, l'ambition visuelle, et les effets spéciaux ne trahissent jamais son budget "modeste" (80 millions, le film a l'air d'en avoir coûté 2 à 3 fois plus).
Avec en prime de bons acteurs et des personnages intéressants, le long-métrage constitue un bon divertissement.
Quelques défauts tout de même. Des méchants assez caricaturaux, réduits à du militaire expéditif (à part peut-être la colonel incarnée par Allison Janney, qui a quelques lignes de dialogues nous permettant de comprendre ses motivations). Et aussi un récit comportant quelques petites maladresses ou facilités, et un dernier acte qui affiche des invraisemblances.
Toutefois je souhaite au film de fonctionner, histoire de montrer que les œuvres non franchisées peuvent séduire le public. L'absence de concurrence en salles, due à la grève des scénaristes & acteurs, devrait aider !