J’ai regardé le film sans savoir que l’acteur principal du film s’était fait tirer dessus par « accident » à cause de la négligence de l’équipe de production, et que le tournage a dû se terminer sans lui pendant les huit derniers jours, avec une équipe j’imagine en deuil. C'est une histoire qui a visiblement marqué Hollywood, même 30 ans après.


Je vais donc juger le film pour ce qu’il est dans un premier temps, avant de prendre en considération les conditions émotionnelles dans lesquelles ils ont dû le finir.


D’abord, j’ai vraiment aimé la première heure : elle est extrêmement esthétique. Chaque plan où apparaît Eric une fois ressuscité est iconique, il y a une vraie âme qui se dégage de l'ensemble. La géométrie des positions qu’il adopte, la manière dont la caméra capture sa silhouette avant de dévoiler son visage, le travail sur la photographie... Tout est en parfaite adéquation avec l’état d’esprit du personnage. Ses apparitions ont un côté mythique qui fonctionne à merveille.


J’aime beaucoup le pitch du mec qui revient à la vie pour se venger. C’est un motif classique, mais traité dans ce style gothique, le mélange marche très bien. C'est une bonne idée de ne pas trop s'attarder sur sa vie d'avant et de privilégier des flashbacks et des visions cauchemardesques qui guident sa motivation première.


En revanche, concernant son statut de ressuscité, je trouve que le film n'en fait pas assez. Il aurait dû y aller à fond sur ce type mort qui revient chasser comme une véritable faucheuse ceux qui lui ont arraché la vie. Le film le fait par moments et ça marche super bien, mais le reste du temps, ses confrontations restent de simples altercations où ses meurtriers ne le reconnaissent même pas. Il manque un lien direct entre lui et ses cibles. Il aurait fallu instaurer une dynamique où les tueurs comprennent, de manière presque subconsciente, qu'ils ont été frappés d'une malédiction dès l'instant où ils l'ont assassiné. Le film ne commence à explorer cette idée de Némésis qu'après la mort des trois premiers sous-fifres, ce qui fait repasser cet aspect au second plan alors qu’il aurait dû constituer l’identité première du film.


Côté action, les scènes au sabre et au corps-à-corps sont plutôt réussies. En revanche, les fusillades basculent dans le nanar : c’est bruyant, peu lisible et mal découpé. Par instants, ça brille quand le réalisateur parvient à capturer des enchaînements fluides où Eric combine cascades, combat rapproché et armes à feu le rendu faucheuse gothique qui punit tout un gang devient alors ultra stylé. Mais le reste du temps, ce n'est que du boom boom générique où cinquante coups de feu tirés font s'effondrer deux silhouettes de manière très générique.


Le méchant principal a du style et s'avère assez convaincant, même si son écriture reste très nanard. J’aurais préféré un parti pris où Eric reste cette force immuable qui traque le boss pendant que ce dernier, d'abord confiant, voit l'étau se resserrer inexorablement sur lui.


Quant au climax dans l’église, lui retirer ses pouvoirs pour donner de l’importance à l'inspecteur pour ajouter de la tension émotionnel un rouage vu et revu. Malgré tout, la façon dont Eric tue le méchant en lui faisant subir toute la souffrance accumulée est une bonne idée  même si, là encore le méchant aurait pu s'en nourrir pour accentuer son côté démoniaque. De manière générale, le film manque de radicalité sur la mort et la résurrection d'Eric : au lieu d'une résurrection purement organique, ça aurait été mieux de voir son corps en décomposition stopper son processus naturel par la seule force de sa volonté de vengeance.


En somme, les 2 premiers tiers du film m’ont vraiment satisfait. Je regrette simplement ce lien trop terre à terre avec l’inspecteur et la petite Sarah : ces éléments réhumanisent Eric mais affaiblissent son impact de faucheuse et font ressortir le côté nanar de l’œuvre. La première heure c’est vraiment bon, là où la dernière demi-heure s'effondre.


Il faut cependant savoir rester clément avec ce dernier tiers quand on sait dans quelles conditions il a été finit. Terminer un tournage sans son acteur principal, réécrire le scénario en urgence pour réduire sa présence à l'écran et diriger une équipe en deuil a dû être un processus chaotique.


Perdre la vie à seulement 28 ans à cause de l'incompétence et de la négligence d'une équipe technique, c'est juste d'une tristesse absolue et profondément révoltant.


RIP Brandon Lee. Ta performance a été géniale, t’as sûrement marqué plusieurs générations tant t’as su faire ressortir le charisme de ton personnage. 🙏

degrowther
6
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le 21 août 2026

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degrowther

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