J'imagine que c'était impossible de traduire le titre, au risque de perdre un jeu de mots que tout le monde aura sûrement remarqué... Franchement. Mais bon, voilà une histoire menée tambour battant par une caméra audacieuse, qui prend parfois le risque de nous filer le mal de mer, sur un tempo aussi endiablé que la course à la technologie de cette fin de XIXème siècle. En quelques années, le monde allait sortir de l'obscurité épaisse que perçaient les petites flammes des bougies pour rendre ses villes visibles depuis l'espace et la nuit allait devoir desserrer son étau sur l'imaginaire surchauffé d'une espèce habituée à craindre les ténèbres. A priori, un bon sujet pour un documentaire de la BBC, et il y a parfois un peu de ça dans les reconstitutions de quartiers entiers éclairés par les premières ampoules, qui ne duraient que quelques heures avant d'exploser. Du coup, on peut regretter la fugacité des vues générées par ordinateurs, parce qu'elles valent le coup d’œil. Chicago en 1891, ça titille la curiosité. Aucun gratte-ciel, rien de plus haut que le dôme d'inspiration italienne qui surplombait le centre-ville. Mais bon, l'essentiel n'est pas là, mais plutôt dans le bras-de-fer féroce entre deux inventeurs enfiévrés : Edison et Westinghouse, deux volontés de fer, à la limite de la névrose, comme bien des capitaines d'industrie qui ont fait l'histoire... Obsessionnels, impitoyables, absolus et mégalos, il n'y en aurait pas un pour racheter l'autre si l'un, justement, n'avait pas doublé son incroyable inventivité d'un manque de scrupule parfaitement détestable. Mais bon, le capitalisme balbutiant a tout de suite imposé ses règles toxiques, et le pauvre Tesla, là au milieu, n'avait pas la moindre chance de survie au milieu des requins qui se battaient férocement pour conquérir la nuit américaine, d'autant que les financiers faisaient déjà la pluie et le beau temps, bien au-dessus des esprits fertiles qui se chargeaient d'avoir des idées à défaut de fortune. Dans ce maelstrom, les acteurs sont au top, le scénario file comme une flèche, les images accumulent les prouesses et on se laisse facilement embringuer dans cette croisade délétère pour le plus grand bien de tous. Le progrès a de ces paradoxes...