Quelque part c'est ça qui est beau dans le cinéma de Rosenblatt, c'est cet aspect collage, ce patchwork d'images qu'il reprend à droite à gauche et qu'il unit dans une thématique forte et universelle, ici, celle du seul problème philosophique réellement sérieux : le suicide.
L'émotion dans ce court-métrage naît encore une fois de la sobriété du dispositif, quelques images qui suggèrent, plus qu'elles ne montrent bien souvent, que des personnes se suicident ou vont le faire (à moins qu'elles l'aient déjà fait), avec deux voix off, l'une masculine, l'autre féminine qui parlent d'un ton monotone, qui lisent des lettres de suicide. Tout à coup les images prennent alors une ampleur nouvelle, une dimension profondément tragique. C'est d'autant plus tragique que jamais Rosenblatt ne va juger, ne va tenter de donner une explication psychologique, on est, comme lui, face à ce grand mystère qu'est le suicide.
C'est d'autant plus surprenant par exemple pour ce rescapé des camps de concentration. Cet homme qui a réussi à survivre à ça mais qui ne réussit pas à survivre à sa propre dépression. Rien que cette image mentale permet de constater la portée de cette maladie.
Le film est parcouru par ce genre d'anecdotes qui ne font que renforcer petit à petit le malaise et permettent de toucher du doigt qu'il est inconcevable de comprendre ce que c'est que le suicide tant qu'on n'y est pas soi-même confronté. Le tout est bien entendu fait sans morale, sans discours larmoyant, mais avec du cinéma, avec de l'émotion, sans prendre en otage son spectateur, mais en lui faisant goûter à l'amertume de ce qui peut sembler si absurde pour ceux qui restent, pour ceux qui n'ont rien vu venir.
Grand film.