« Emmenez-moi
Au bout de la terre
Emmenez-moi
Au pays des merveilles
II me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil. »
Par exemple à Hawaï, une petite île paradisiaque dont les autochtones partagent les mêmes codes vestimentaires – chemises bariolées, larges bermudas et tongs – ce qui pourrait faire accroire à la réalisation d’une société sans classe. Même si l’habitat distingue clairement le riche du pauvre, la misère est manifestement moins criante dans le Pacifique. La misère certes, mais qu’en serait-il du deuil ?
Avec The descendants, Alexander Payne s’emploie à apporter sa réponse. Le pitch procède du mélodrame. Alors qu’il doit valider la vente d’un vaste domaine ancestral, une bagatelle d’un demi-milliard de dollars, un riche mais honnête avocat se découvre, en moins de 24 heures, veuf, cocu, raillé par ses proches et père impuissant de deux jeunes filles névrosées. Dure journée.
Le toujours délicat Payne parviendra à s’extraire du pathos et à nous faire, souvent, rire. Le mérite en revient à sa star, le beau Georges Clooney (Matt King) qui, dans la veine d’O’Brother ou des Rois du désert, joue admirablement le père en perdition. Georges, c’est le bœuf qui parvient à sa faire grenouille. Ne réussit-t-il point, par intermittence, à faire oublier le truand magnifique d’Ocean Eleven, l’ami des princes, l’illustrissime égérie du cafetier suisse ou le « Messager de la paix » des Nations Unis ?
Son épouse est dans le coma, elle ne réveillera pas. Étrange situation où le travail du deuil précède la mort officielle. Sa fille aînée s’est entichée d’un sale gosse qui se révèlera attachant. D’ailleurs, tous se bonifient au contact du beau et miséricordieux Georges : le beau-père implacable, les cousins envieux, la femme de l’amant. On pleure et on pardonne. Entamée aux huiles d’essences amères, cette belle histoire de thérapie de groupe et de rédemption tardive s’achève en eau de rose.
P. S. : Mention spéciale à la BO, entièrement composée de musique hawaïenne.
2019