Faire un film d'horreur à base de spéléo était à la fois une idée de génie et un projet incroyablement casse-gueule. On part d'un des loisirs les plus absurdes et flippants, qui constitue par conséquent le meilleur matériau de base pour un film d'épouvante, mais c'est aussi une activité qui se pratique dans le noir complet, ce qui en fait la pire chose à adapter pour un medium qui doit son existence à la lumière.
Neil Marshall saisit le projet à bras le corps et nous livre une œuvre définitive et sans aucune fausse note, dont chaque aspect est étonnamment maîtrisé, quand on sait qu'il ne s'agit que du second film de son auteur. C'est une descente aux enfers sans concession, qui ne retient pas ses coups et mérite sa place au panthéon des films les plus flippants de ces 20 dernières années.
■ Six personnages bien croqués et différents.
On découvre rapidement leurs personnalités, sans pour autant se prendre une douche d'exposition laborieuse, ainsi que les dynamiques du groupe, et toutes les actrices font le taf. C'est aussi un cast 100% féminin qui ne m'a semblé tomber dans aucun des clichés d'un script écrit par un homme. Ces personnages ont juste assez d'épaisseur pour les rendre attachants, et chaque accident, blessure ou tragédie en est d'autant plus impactant.
■ Le film est bien rythmé et sans aucun temps mort.
avec une formidable escalade du danger et de la peur. Ça démarre très vite et monte bien fort, jusqu'à un final que j'ai passé en apnée. On pourrait lui reprocher quelques jumpscares, heureusement assez rares pour que je les pardonne, et souvent justifiés.
Le script a fait tous les bons choix pour créer les scènes de suspense les plus étouffantes, notamment pour le choix des antagonistes, mais aussi les rivalités internes et les tensions dans le groupe qui rendent chaque situation encore plus dangereuse.
■ Accessoirement, c'est l'un des films les plus violents de cette période.
Je n'ai pas trop peur du gore, et me réjouis des films de genre qui ne font pas dans la dentelle quand il s'agit de dépeindre la brutalité de leurs confrontations, et The Descent ne déçoit pas, entre ses horribles blessures avec des os qui dépassent, et pas mal de moments sanglants mais jamais gratuits. Les maquillages sont nickels et évitent l'usage de CGI, si bien que le film n'a pas pris une ride.
■ Tout dans l'environnement même du film est étouffant et terrifiant.
Très peu d'histoires m'ont fait ramper dans des boyaux obscurs et tout est ici fait pour vous immerger totalement dans les scènes d'exploration, d'escalade ou de descentes, que vous soyez ou pas familier de la pratique. La mise en scène renforce encore le malaise avec des plans de caméra qui foutent le vertige en regardant depuis le gouffre. C'est un enfer.
■ Une direction photo à la hauteur du défi.
Mon second visionnage m'a aussi fait réaliser à quel point le film est impressionnant en termes de photo et de mise en scène. Pour un film tourné dans le noir complet (aucune lumière naturelle ne filtre au fond de la grotte), l'image est toujours étonnamment lisible, et si je suis convaincu que le film triche, il semble n'utiliser sur des lumières diégétiques, sans aucun "éclairage magique".
Les scènes sont éclairées par l'équipement des personnages : des flares rouges, des glowsticks verts et des lampes torches jaunes, et la combinaison des trois crée de très belles images contrastées, aux lumières colorées.
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J'ai vu The Descent pour la première fois en 2005, dans la salle la plus profondément ensevelie de l'UGC des Halles. L'expérience claustrophobe était totale, et j'ai propulsé le film dans ma liste de films d'horreur préférés.
Le revoir aujourd'hui sur grand écran est à la fois doux et amer : j'apprécie le film pour de nouvelles raisons qui m'échappaient à l'époque, mais je réalise aussi à quel point la piètre qualité des sorties récentes renforce mon appréciation des films de cette période, ce qui fait officiellement de moi un vieux con.