Depuis sa sortie l’année dernière aux Etats-Unis, j’avais ce film dans mon viseur. Il aura fallu attendre presqu'un an pour qu’il atteigne nos rivages : depuis le 7 août, The Devil’s Climb est dispo (pour le moment uniquement avec des sous-titres anglais) sur Disney+.
L’attente était grande en particulier en raison des deux légendes suivies dans le film, Alex Honnold et Tommy Caldwell. Alex est sans doute – avec Adam Ondra – le grimpeur le plus connu en falaise. C’est le plus grand free soloïste (qui escalade sans corde ni aucun système d’assurage) de tous les temps, et il a été rendu célèbre aux yeux du monde grâce au film Free Solo, réalisé par Jimmy Chin et sa compagne Elizabeth Chai Vasarhelyi, et qui a remporté l’Oscar du meilleur documentaire en 2019. Aujourd’hui, Alex Honnold est une vraie rock star (le jeu de mot était facile), qui a par exemple eu l’honneur d’ouvrir la discipline de l’escalade aux Jeux Olympiques de Paris 2024.
Tommy, plus discret, n’en est pas moins une légende également. On lui doit notamment l’ouverture de nombreuses routes aux Etats-Unis, il a réalisé la première ascension du Dawn Wall sur la falaise d’El Capitan dans le parc du Yosemite, une paroi de 900m de haut et considérée comme le spot d’escalade le plus connu au monde. Les deux comparses, bien qu’ayant une génération d’écart, sont aujourd’hui deux amis inséparables, et comptent ensemble de nombreux défis et aventures, comme par exemple le record de vitesse sur El Capitan.
En 2024, Tommy Caldwell (qui a alors 46 ans et est père de famille) sort d’une mauvaise passe suite à des blessures à répétition à la cheville. Mais sont désir d’aventure est toujours présent. Il propose à son copain Alex un défi hors normes : traverser à vélo les Etats-Unis et le Canada jusqu’en Alaska pour faire la première ascension du Devil’s Thumb, une montagne aussi photogénique que reculée, et encore vierge de toute ascension. Les précédentes tentatives ont toutes échouées, se soldant pour certaines par la mort des téméraires.
La première moitié du long métrage suit la « marche d’approche » de 4000 km à vélo, véritable odyssée sur plus de deux mois qui permet de tester les progrès de rétablissement de la cheville de Caldwell. La seconde partie s’attache à l’ascension en elle-même. Les deux aventuriers ont décidé de réaliser l’ascension du Devil’s Thumb sous forme d’une traversée des 5 pics qui composent la montagne, en s’astreignant une contrainte de temps : une ascension à la journée (du lever au coucher du soleil, soit un peu moins de 12h). Une prouesse, quand on sait que la face Nord, haute de 2042m, est la plus grande paroi rocheuse d’Amérique du Nord !
Pour y arriver dans les temps, les deux hommes utilisent toutes les techniques (toutes risquées !) déjà éprouvées dans leurs précédentes expéditions : ne pas s’encorder (en free solo donc) pour les parties les moins escarpées ; escalader certaines sections en assurage limité afin de pouvoir grimper simultanément (généralement en escalade, une personne reste fixe et assure l’autre pendant qu’elle grimpe) ; ou encore utiliser un système de rappel à balancier particulièrement périlleux afin de faire conjointement la descente des pics. A chaque nouvelle étape, les deux grimpeurs jouent avec la mort.
Tout comme les précédentes réalisations du réalisateur Renan Ozturk (Le Dernier Tepui
[également sur Disney+], Au-delà des sommets), les images sont à couper le souffle. Un photographe et une petite équipe suivent l’aventure des deux comparses et capturent des paysages incroyables. C’est là la grande force de ce Devil’s Climb.
En revanche, j’ai trouvé le montage assez racoleur, et je dois dire que cela m’a quelque peu gêné. A chaque instant, la réalisation cherche à faire du sensationnalisme, utilisant maladroitement des flashbacks d’autres films (Free Solo, The Dawn Wall, Valley Uprising) et sur-soulignant l’intensité du moment à grand renfort de musique épiques. Le film donne l’impression de s’adresser davantage à un public ne connaissant rien de l’escalade, qu’à des connaisseurs ayant un minimum de notions. Cette emphase systématique est quelque peu dommage, et j’aurai été curieux de voir ce que les images auraient données dans les mains de réalisateurs de films d’escalade plus inspirés, comme Jimmy Chin, Josh Lowell ou Peter Mortimer (qui mettent notamment en scène les films du Reel Rock).
Malgré ce m’as-tu-vu côté réalisation, il faut bien avouer que l’on ne boude pas son plaisir à retrouver Alex et Tommy dans cette nouvelle aventure en montagne. De quoi nous donner envie d'enfiler nos chaussons !