Réalisé pour la télévision et diffusé sur la chaîne ABC le 9 janvier 1973, The Devil’s Daughter est l’une des premières réalisations de Jeannot Szwarc. L’intrigue est on ne peut plus simple : en assistant aux funérailles de sa mère, Diane rencontre une vieille amie de sa famille qui l’invite chez elle et l’initie aux rites sataniques. Nous percevons bien ici l’influence d’un genre – le film de possession – alors en pleine expansion puisque sont sortis Rosemary’s Baby en 1968, Les Diables en 1971, L’Autre en 1972 et L’Exorciste en 1973.


Or, ce qui constitue l’originalité de notre téléfilm réside avant tout dans l’économie de ses effets et leur insertion dans un vaste crescendo d’épouvante, pareil aux étapes d’une initiation. Les antagonistes apparaissent d’abord comme des corps grossiers et excessifs dont l’emprise tire profit de la détresse affective de la jeune fille : ils lui offrent une famille de substitution dans laquelle se ressourcer. La très belle photographie compose des plans qui semblent coloriés au pastel et diffuser une essence romantique certaine. Mais peu à peu, ces corps tendent à se figer dans des attitudes et des postures préconçues, comme ces enfants qui jouent à la balle de façon mécanique, rappelant les élèves du Village des Damnés (1960). La caméra de Szwarc accentue leur immobilisme par le choix de gros plans qui exagèrent les expressions faciales : la population qui entoure la maison de la riche Lilith est fantomatique, moutonnière, elle répète des phrases entendues, se soumet à une volonté supérieure. Telle est la finalité des rites mis en scène : sacrifier l’âme au Diable, endormir le corps, dominer l’esprit. Le réalisateur propose une mise en scène efficace et soignée qui utilise à son compte des procédés constitutifs du genre : objets énigmatiques placés en premier plan, travail du hors-champ, caméra désaxée etc.


Malgré son intrigue prévisible, The Devil’s Daughter est une bonne surprise, un divertissement dans l’air du temps qui ne souffre guère des moyens alloués aux productions téléfilmiques.

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6

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le 6 avr. 2020

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