Foirer avec un aussi bon matériau de base, c’est un art. et l’art parfois, ça dérange.

Les américains ont l’air de croire que plus on injecte d’argent dans un projet plus le résultat final sera bon. Ils n’ont pas du voir la dernière saison du « visiteur du futur », la mieux financée, mais la plus décriée. Par contre ils ont dû s’appuyer dans leur croyance sur leurs succès dans des domaines plus liés à l’industrie qu’a l’art.


Témoin la scène ou Marlène (oui, je vais utiliser les noms de l’original, plus marquants car issus de la pièce et moins oubliables que ceux de la copie.) Marlene Sasseur donc, démolit une voiture. c'est beau, c'est inspirant, c'est inutilement couteux en accessoires.


Donc quand leur industrie, puisque c'en est une, s’emploie à adapter pour leur grand public une œuvre d’art telle que l’est la pièce de théâtre de Francois Veber, cela donne un résultat hénaurme. le histoire ne saurait tenir dans une seule pièce toute la soirée.


Dali avait fait la même remarque sur leur approche de l’art picturale, leur appétence de ses montres dégoulinantes et molles, sans forcément retenir bien plus de son œuvre pourtant riche en peinture et sculpture. (Et en cinéma mais c’est une autre histoire.)


La meilleure manière d’apprécier cette comédie farcesque serait de ne pas avoir vu la version française. On aurait alors un jugement à peu près neutre ou du moins un esprit vierge pour apprécier, ou pas, une création originale.


Puisqu’il faut y renoncer, l’original étant un classique de notre côté de l’atlantique, la deuxième meilleure serait de prendre the dinner pour une adaptation de la pièce, en tant que texte et non du film que Veber en a fait.


Celle-ci est un peu subtile mais après tout Veber lui-même a pris des libertés avec son matériau d’origine. Vous me direz que lui, il peut, que seul l’auteur peut. Ah mais attention, quand on adapte Roméo et Juliette, on modernise bien souvent les coutumes, presque toujours les décors, parfois le langage.


Alors oui, pourquoi pas « un diner de cons » modernisé, à la sauce américaine qui tache.


L’adaptation a bien saisi l’esprit de la pièce : des hommes riches et élégants qui se moquent d’un homme pauvre et maladroit avec (obervation du nouvel observateur de l’epoque) un hobby atypique. Ici, puisqu’on est dans l’excès, le hobby c’est empailler des rats dans des positions de scènes celèbres.


Pas la faute du réalisateur que leurs riches n’aient pas la tête de Thierry Lhermitte. Au moins, c’est réaliste, pour autant que la comédie le permet.


Car la satire sociale a ses limites dans un pays ultracapitaliste comme les états unis (après tous ce sont des hommes riches qui financent ces films.) mais elle les avait aussi dans un pays ultra socialiste comme la France (ou c’est en grande partie l’état qui finance la production cinématographique.) et où on ne peut pas, non plus, dire tout des habitudes des élites.


A Paris les protagonistes pourtant riches habitent des appartements, pas des villas, comme aux usa. (détail depuis corrigé par les comédies où le grand-bourgeois Christian Clavier loge presque toujours dans une hacienda dégoulinante de pognon.)


Donc les gags sur les contrôles fiscaux, présents dans les deux versions, ont des sens divergents et une grille de lecture distincte.


Spontanément, le téléspectateur américain voudrait s’identifier au riche, pas au con et il faut toute la subtilité du clown blanc Steve Carrel pour rendre le Pignon américain attendrissant.


Ce qui en France allait de soi, car reconnaissons-le, les français n’aiment pas les riches.


Mais le plus grand avantage de la version usa est de pousser l’histoire jusqu’au bout, avec « the » dinner tellement attendu, ce qui chez Veber n’était qu’évoqué dans le titre.


Ce diner final, ou chaque invité a amené son « con » est une apothéose d’humour, franc ou satirique, voulu ou involontaire, coupable ou innocent, calculé ou nanardesque.


Ce championnat voit s’affronter enfin Steve Carrel et Zach Gafiliankis dont chacun a gardé son style d’humour particulier et son doubleur français.


A ce point du récit on est en roue libre et le spectateur français, totalement hors-piste, puisqu’il assiste à une partie de l’histoire que Veber avait volontairement exclu de sa version.


(Plus modeste, il avait filmé le diner « d’un » con unique et encore, seulement l’apéro.) Il me faut alors me taire pour éviter les spoilers mais sachez que vous en aurez pour votre argent et que la aussi les cons ne sont pas toujours ceux que l’on croit.


Mais cela c’est une morale banale. C’est la manière de parvenir aux mêmes conclusions qui est originale. En réalité, la nature humaine est la même des deux côtés de l’atlantique, mais chacun a une expérience personnelle pour arriver à la connaissance des mêmes vérités .


Paul rudd fait un Thierry Lhermitte très convainquant et Lucy Punch pimente sa Marlene Sasseur de ce qui lui manquait de punch.


Quand à nos « cons », un empailleur de rats crevés et un écrivain raté de manuel de manipulation mentale, ils donnent vraiment tout pour notre plus grand bonheur.


Difficile de dire s’ils font mieux dans la version en anglais (des fois, les traductions françaises me semblent sabotées pour ne pas qu’un film soit « trop » ceci ou cela, en l'occurence pour ne pas faire de l'ombre à l'original.) mais c’est déjà très fort !

voilà on y est : ils surjouent fort tandis que les français jouaient juste.


comment dire pour que le public français comprenne ? ah oui, voilà :

vous avez aimé le film de Veber, c'est juste ?

et ben là, c'est pareil, c'est juste !

Aziz-Lumiere
8
Écrit par

Créée

le 3 avr. 2025

Critique lue 3 fois

Aziz Lumière

Écrit par

Critique lue 3 fois

D'autres avis sur The Dinner

The Dinner

The Dinner

1

Jambalaya

498 critiques

Le film d'un con.

On a vu peu, très peu d'adaptations US réussi de films français, mais là on a quand même l'impression que le jeu de massacre est volontaire tellement cette version américaine du Dîner De Cons est...

le 25 août 2011

The Dinner

The Dinner

3

toutestneutral

59 critiques

Critique de The Dinner par toutestneutral

Sorti dans 9 salles en France, The Dinner est visiblement boudé par les distributeurs. On peut le comprendre car en plus d'être le remake d'une des meilleures comédies françaises du XXe siècle (ce...

le 19 nov. 2010

The Dinner

The Dinner

5

brandonbanal

29 critiques

Critique comparative

Dans le cas d'un remake américain, il est devenu délectable de railler avant même sa sortie un film passé assurément à la compresseuse hollywood et n'atteignant jamais dans le sublime les sommets...

le 24 mai 2019

Du même critique

Annie Hall

Annie Hall

5

Aziz-Lumiere

19 critiques

Woody et ses drôles de dames

"tout ce pays se détache de New York car ils la prennent pour une repaire de juifs, de socialistes et d'homosexuels. même moi il m'arrive de le penser, alors que j'y habite !""tout ce qu'il savent...

le 13 janv. 2026

Les Valseuses

Les Valseuses

1

Aziz-Lumiere

19 critiques

pas de morale passable encore... mais alors pas de script...

un film à montrer à ceux qui ne voient pas comment on est passé de la gauche révolutionnaire à la gauche libertaire. (et encore s'ils ont plus de 21 ans...)c'est qu'on peut ici contempler...

le 16 déc. 2024

The Rocky Horror Picture Show

The Rocky Horror Picture Show

3

Aziz-Lumiere

19 critiques

image d'horreur rocailleuse et clownesque

Vous avez déjà vu un film d’horreur qui vire à la cage aux folles ? estimez-vous qu'huis clos peut être aussi une comédie musicale ?Nous suivons les aventures d’un couple de jeunes mariés égarés dans...

le 2 avr. 2025