NB : Etant donné que le secret du personnage incarné par Zendaya est central scénaristiquement parlant, cette review contiendra énormément de spoilers !
Une œuvre traitant du traumatisme, du couple dysfonctionnel et du rapport au pardon ? Evidemment que c'est un cocktail fait pour me plaire ! The Drama réunit donc tous ces ingrédients pour préparer une pièce montée de réflexions morales, qu'il faut déguster en sachant qu'il sera impossible de ne pas s'y tâcher.
Il faut noter que je me suis rendu à la séance en connaissance du secret de Zendaya : il ne s'agissait pas d'une découverte de ce côté là, et à vrai dire, cela n'a aucunement impacté mon appréciation cinématographique. Ce qui compte le cas échéant, c'est plutôt la réception de ce secret traumatique, par son fiancé et leurs amis proches. Tout donne l'impression que ce secret, constitué pourtant par un acte imaginé mais NON réalisé, est absolument insurmontable : harcelée, Emma a imaginé mener une fusillade dans son établissement scolaire afin de se venger. Cette révélation choque tous les personnages, mais ne m'atteint pas en tant que spectateur : tout simplement car il est aisé de comprendre une personne harcelée qui a pensé au pire pour ses harceleurs (et je parle bien des cas où la personne a songé ou eu une pensée intrusive, certainement PAS de ceux passant à l'acte). Mais ce mouvement empathique ne semble jamais atteindre ses proches, dans un jugement profondément amer tandis que certains d'entre eux ont, par exemple, séquestré un enfant (? ? ? ? ?)
De ce décalage, créé par un sens moral à deux poids deux mesures, naît tout l'enjeu scénaristique de The Drama : dévier la culpabilité et la condamnation vers autrui. Plutôt que de critiquer des actes commis, tous s'acharnent sur une pensée (qui a sincèrement été loin dans la préméditation, je le concède) plutôt que sur des faits. Il est encore plus amusant d'observer la situation ainsi créée que seul le secret de Emma a un motif traumatique, tandis que les autres sont juste sadiques par plaisir.
Pendant près d'1h45, j'ai alors profité de ces logomachies participant à la culpabilisation d'une victime progressant dans un processus de mal-être traumatique particulièrement complexe : la peinture est alors d'un réalisme clair, celle d'une société imposant aux victimes de se débrouiller, et imposant un sens moral qui n'est pas respecté dans d'autres cas bien plus concrets. Tandis que ces moralisateurs vivent leur vie comme s'ils n'avaient rien commis, ceux qui se sont confiés sur leurs pensées dévastatrices sont raillés, se mettant à overthink de manière démesurée, comme insiste le montage saccadé (parfois trop excessif cependant) mené par le réalisateur Kristoffer Borgli.
Ce dernier utilise alors une photographie épurée, presque nostalgique, pour donner l'illusion d'un amour parfait, entaillé dans ses certitudes par cette révélation. La promotion de The Drama forgeait ainsi une atmosphère de romcom pour traiter ce mariage, idyllique (en apparence...). Car derrière ce jugement moral à l'analyse sociétale, se niche une représentation particulière du couple : celle de croire que son partenaire est parfait et doit le rester. Cette volonté d'épouser une personne irréprochable, sans période ni pensée sombre, pousse les deux protagonistes à se retrancher dans un jeu particulièrement pertinent : d'abord, celui de Zendaya, ayant appris à masquer son traumatisme ; ensuite, celui de Robert Pattinson, complètement débordé dans son processus d'acceptation et de pardon. Ce n'est que lorsque les masques tombent, que lorsque qu'on connaît la personne dans ses travers et douleurs, que l'on peut sincèrement aimer et former une relation alchimique : et ce final le montre avec un grand sens du romantisme.
Bien qu'on reproche à The Drama de manquer d'incision et de cruauté, je lui trouve un grand charme dans son regard sur le couple et les travers dont on tombe amoureux. Initialement, je trouvais cela dommage que le secret de Emma ne soit qu'un projet et pas un acte : mais c'est ce qui porte, selon moi, tout l'intérêt satyrique de l'œuvre ainsi proposée. Tout est alors clair : ce n'est que lorsque vous savez le pire sur quelqu'un que vous pouvez réellement l'aimer.