Je ne connais aucune des deux personnalités dont il est question dans cette histoire. Je les ai donc vues comme de simples personnages de fiction d'un film et je ne peux pas juger par rapport à leur oeuvre littéraire et leurs vraies personnalités.
"The End of the Tour" est un road movie de presque deux heures en compagnie de deux hommes physiquement pas exceptionnels qui ne font pas grand-chose à part parler, manger et regarder la télé. Pas le truc le plus emballant du monde. Eh bien pourtant, le voyage vaut largement le coup.
David Lipsky est journaliste pour Rolling Stone (et accessoirement écrivain) et David Foster Wallace est un écrivain reconnu qui fait la promotion de son dernier succès. Lipsky est envoyé chez Wallace pour l'interviewer durant la fin de sa promo.
L'histoire est réduite au minimum et l'action se limite à quelques déplacements en voiture ou en avion entre les différentes villes.
Ce qui fait l'intérêt de ce film, ce sont les personnages complexes et tout en contrastes et les deux acteurs fabuleux et très judicieusement choisis. Grâce à eux, le film se suit sans ennui et même avec beaucoup de plaisir. Chaque conversation, même la plus triviale, est passionnante et on attend impatiemment la suivante. Le film oscille entre humour, mélancolie et désenchantement, marqué par la personnalité lunaire et déconcertante de Wallace. Gavé de télé et de junk food, à la fois banal, enfantin, zen et (en apparence) détaché, il contraste fortement avec Lipsky, journaliste new-yorkais ambitieux et cultivé. On sent d'abord une incompréhension totale entre le géant à bandana qui vit seul à la campagne avec ses deux chiens et le petit citadin pâlichon qui vit à cent à l'heure. Au fil des échanges et des tensions, on finit par s'attacher à cet étrange tandem dont les relations restent réalistes. Même si on sent un rapprochement progressif entre les deux hommes, on ne verse jamais dans une complicité excessive qui n'aurait rien de crédible. Le film reste sobre et évite tout sentimentalisme. Les deux hommes n'ont pas grand-chose en commun (à part l'écriture), que ce soit par leur histoire, leur carrière ou leurs points de vue sur la vie et le monde, mais leur séparation à la fin du voyage est tout de même joliment touchante. Je n'ai qu'une envie : repartir avec eux.