Hokum
6.2
Hokum

Film de Damian McCarthy (2026)

Je pense avoir vu l'intégralité de l'oeuvre encore peu étoffée de McCarthy, qui comprend trois longs-métrages et une dizaine de courts. Je considère son premier long "Caveat" comme un chef-d'oeuvre absolu de l'horreur. J'ai beaucoup aimé le deuxième, "Oddity", mais j'ai moins aimé "Hokum". Mes notes descendent au fur et à mesure que les films sortent et ça m'inquiète un peu.

Dans ses trois films, McCarthy mélange fantastique et thriller, mais le dosage n'est pas forcément le même, d'où mon enthousiasme fluctuant. Pour moi, c'est l'ambiance qui prime sur tout le reste.

Dans "Caveat", je trouve le mélange fantastique-thriller réussi, parce que l'ambiance est prodigieuse (lenteur, décors claustrophobiques, univers sonore), le thriller n'est que secondaire et il y a très peu de personnages - trois humains, un cadavre et un flippant lapin mécanique.

On retrouve toutes ces qualités dans "Oddity" : super ambiance nocturne (décor unique et original, silence), peu de personnages (2-3 humains et un flippant "Golem" en bois) mais le thriller prend un peu plus de place et il y a un twist - ce qu'il n'y avait pas dans "Caveat".

Dans "Hokum", McCarthy a privilégié le thriller au détriment de l'ambiance. Les décors sont soignés - l'hôtel sur plusieurs étages est glauque à souhait - mais l'univers sonore saturé (il est où le silence ?) et les nombreux jump scares (rares dans "Caveat" et "Oddity") nuisent à l'immersion. Ce troisième film se distingue aussi des deux autres par sa profusion de personnages et d'intrigues secondaires.

Le thème du film, à travers la sorcière qui hante l'hôtel, s'inspire clairement de la folk horror, ce qui n'était pas le cas pour les deux films précédents. "Caveat" est plus un film étrange que fantastique. Quant à "Oddity", la statue de bois géante assise dans la maison fait penser à un Golem, sans qu'aucune référence ne soit jamais faite à cette créature fantastique. Dans "Hokum", l'étrange, le bizarre, font donc place à un fantastique plus classique et balisé. Ce ne serait pas un problème si la sorcière était géniale, mais ce n'est hélas pas le cas. A part ses hurlements lugubres, la sorcière de "Hokum" fait rarement peur.

Ce qui faisait la spécificité de l'univers de McCarthy - pas de jump scares, silence, étrangeté - n'est plus là.

Et à quoi servent tous ces personnages ? La moitié d'entre eux est inutile et ils surchargent l'intrigue principale de leurs intrigues secondaires. D'autres, réussis, ne sont pas exploités du tout, comme le propriétaire de l'hôtel, vieillard ultra-creepy dans son fauteuil roulant, qui disparaît à peine apparu. Pourtant, il y avait de quoi faire avec lui. Mais de toute façon, j'étais venue pour l'ambiance et la sorcière, et pas autre chose.

Heureusement, il y a les décors. Que ce soit la "suite nuptiale" (repaire de la sorcière), l'angoissant monte-charge ou la cave labyrinthique, ils sont d'une beauté presque à la hauteur de la somptuosité glauque et fanée de "Caveat". Pièces étouffantes sans fenêtres, profusion de petites lampes à l'éclairage chiche et orangé, papiers-peints fanés, poussière omniprésente, bibelots inquiétants (le visage de l'angelot de la pendule)... On est bien dans l'univers esthétique particulier de McCarthy. Je lui reproche juste d'avoir un peu surchargé l'ensemble. Ça fait un peu maison hantée de parc d'attractions par moments, avec ces lampes qui clignotent, la télé qui se met en marche toute seule, les portes qui s'ouvrent en grinçant. Mais franchement, la dernière partie dans la suite nuptiale et la cave est la plus réussie et tout ce qu'il y a avant est trop long et n'apporte rien en terme de frousse.


L'acteur principal est plus fadasse que badass. Il manque cruellement de charisme, surtout si on le compare à Johnny Depp dans le même rôle d'écrivain perturbé dans "Fenêtre secrète", film auquel "Hokum" fait un peu penser. Son personnage est immédiatement très antipathique et il le reste. L'écrivain dépressif d'"Hokum" ne suscite jamais l'empathie, contrairement aux personnages principaux de "Caveat" et "Oddity". Comme il lui arrive plein de malheurs à la fin, c'est un peu problématique.


Ce film trop long, trop balisé, surchargé en personnages et jumps scares, à l'intrigue trop tarabiscotée (disparition de Fiona, traumatisme infantile) et au personnage principal antipathique n'est pas le meilleur film de McCarthy, mais ça reste un bon film d'horreur, supérieur à la plupart des films actuels de ce genre. Et rien que pour la deuxième partie dantesque et ses magnifiques décors, il vaut vraiment le coup, d'où mon 7.

Mairrresse
7
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le 2 mai 2026

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Maîrrresse

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6

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