Takehiko Inoue est tellement perfectionniste qu'il refuse les adaptations animées de ses mangas depuis la fin du premier anime Slam Dunk (qu'il n'aime pas). Et quand il en accepte une c'est pour la faire lui-même et exécuter un chef d'oeuvre pour faire suite à son chef d'oeuvre.
C'est la première fois que les japonais réussissent le mélange 2D et 3D par capture de mouvement dans un film, d'habitude il y a toujours un décalage graphique et des mouvements sacadés qui viennent trahir la forme et là ils ont réussi à harmoniser le style pour le rendre fluide et organique. C'est pas une simple opposition 2D dans les scènes de vie et 3D dans le match, il y a en fait pas mal de 2D dans le match justement. Cela leur a permis d'atteindre un bon réalisme et surtout à la mise en scène d'Inoue de s'exprimer pleinement et de nous proposer un aperçu du futur de l'animation.
Le travail sur le sound design (et le silence) est dingue et immersif. Même les ralentis qui sont d'habitude ridicules en animation (coucou la fin du roi lion) sont ici utilisés à bon escient et adapté à la réalisation du film. Non seulement le mec réadapte son découpage (déjà parfait en manga) grâce aux mouvements de caméra, les angles ou l'expression des personnages mais il arrive aussi à retranscrire parfaitement la dilatation du temps pourtant propre au medium de la BD : les 5 minutes de Freezer ça marche en manga, c'est ridicule en anime ; là, on se concentre surtout sur la 2e mi-temps du match en 2h et jamais ça ne perturbe le spectateur tellement on est emporté par le spectacle et la ténacité des héros.
Il arrive à me refaire vibrer alors que je viens de lire le manga juste avant ! Donc tout était frais dans ma tête mais c'était comme une nouvelle expérience, une nouvelle première fois (lol, vous l'avez ?).
Et c'est aussi justifé par le changement de point de vue en se concentrant sur Ryota qui n'était pas le personnage le plus mis en avant dans ce match. Inoue étant toujours resté sur une petite insatisfaction quant à ce perso, il nous livre enfin le chaînon manquant de son oeuvre avec le passé de Ryota raconté en flashback tout au long du film et sans casser le rythme. Surtout, on sent qu'Inoue a gagné en maturité entre temps et que les expériences Vagabond et Real sont passées par là. Dans le manga, la mort du père de Sakuragi est à peine esquissée, ici il affronte pleinement celle du frère de Ryota et sans jamais tomber dans une émotion factice et artificielle, le tout est cohérent avec le reste du manga.
Les moments de bravoures de tous les personnages sont bien sûr présents, chaque événement clef du match est réadapté à l'identique, et encore une fois l'accomplissement personnel et le dépassement de soi des héros provoque une exaltation vivifiante.
En cela, Slam Dunk est probablement le seul manga de sport a avoir touché la même grâce qu'Ashita no Joe.