The fountain est une expérience cinématographique et spirituelle. Au travers de 3 époques qui convergent en réalité vers une seule et unique (le roman d'Izzi, le présent et le voyage intrinsèque spirituel de Tommy) Aronofsky aborde entremêlé, les thèmes d'amour, d'infini, d'immortalité, d'identité, d'harmonie et de création au travers d'une symbolique universelle et cosmique exacerbée qui envoûte ou agace, au choix. Tout tourne inexorablement autour des notions indissociables de vie et de mort ; la mort n'est pas une fin en soit mais une étape nécessaire à la renaissance et poursuite de son parcours, proche de la pensée bouddhiste. L'un l'accepte et l'intègre naturellement, l'autre, pragmatique, ne peut s'y résoudre. La trame, moins complexe en réalité qu'elle n'y paraît, fait progresser de concert les 3 univers parallèles eux aussi indissociables puisqu'un seul et même.

Ainsi au XVIè siècle, le conquistador espagnol Thomas a pour mission de localiser l'arbre de vie, dans l'espoir d'une quiétude et immortalité au côté de son Eve ; une quête et une dévotion totale à son aimée et patrie qu'elle incarne. Il s'agit du roman d'Izzi, dont le voyage initiatique spirituel sert de décor et d'introduction / d'invitation puisqu'il en est le point de départ.
A notre époque, Tommy Créo, médecin marié à Izzi, atteinte d'un cancer, lutte sans relâche pour vaincre la maladie et guérir sa femme dont il est incapable d'accepter la mort prochaine.
Et au XXVIè siècle, Tom, astronaute, évolue dans sa propre bulle, sorte de vaisseau cocon, d’œuf en gestation figée. Il s'agit, à son tour, du voyage initiatique spirituel de Tommy, qui entraperçoit, là, la vie sans son aimée, dont, avec le temps, il ne reste que des souvenirs vagues, gravés sur sa peau et quelques sensations immergeantes lorsqu'il se nourrit d'elle. Son jardin personnel à l'image du décor, est aussi sec et humainement déserté que l'ait son être. Tom erre, désorienté, de souvenir en souvenir, dont il ne perçoit plus que quelques images désordonnées.

Et c'est précisément lorsque Tommy saura, finalement, terminer le récit, accepter sa défaite et impuissance face à la mort de sa femme, que ces univers arriveront au terme de leur voyage ; Thomas, au pied de l'arbre échoue dans ses attentes et comprend / réalise. Il acquiert cependant l'immortalité en retournant à la terre, à la nature même, en ne faisant plus qu'un avec l'arbre, Tom accédant à la paix intérieure, devient fontaine et pluie d'or pour féconder l’œuf et lui permettre d'éclore et de revivre enfin et Tommy faisant le deuil d'Izzi, plante la graine de l'arbre en devenir, sur la tombe de sa femme.
Plusieurs niveaux de lecture qui permettront à chacun de les interpréter selon son propre vécu et ressenti. On plonge au cœur même des grandes questions humaines, paradoxalement très humblement ; la symbolique est chargée, lourde, inévitable mais le récit s'en tient uniquement à l'histoire de ce couple, et ne fait aucune généralité. Chacun est libre d'y adhérer ou non et de faire sa propre projection.

Ajouté à cela, une bande son épatante et parfaitement maîtrisée, une fois de plus par Mansell. Elle est, là encore, tout aussi indissociable du récit, comme un tout harmonieux et pleinement cohérent.
CelCitronrouge
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le 13 août 2013

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