Le genre baston est désormais traversé par une division profonde.
A ma gauche, l'action léchée, chorégraphiée tendance classe, allant toujours plus loin dans l'esthétisation de la violence. Avec un seul nom en tête : John Wick, son univers, et tous ceux qui tentent de s'inscrire dans ses pas.
Dans le coin droit, les empoignades frénétiques, dont l'énergie et la violence sèche éclaboussent littéralement l'écran. Soit l'action made in Asia. Et son représentant sans doute le plus flamboyant depuis maintenant quinze ans : The Raid.
On vous ressortira sans doute ce sommet pour vous parler de ce The Furious. Mais un tel compliment est à double tranchant. Car s'il l'élève évidemment au dessus de la mêlée de la baston moderne sur grand écran, il le condamne aussi à la déception. Car The Raid restera pour longtemps encore indépassable, tout simplement.
Même si The Furious reste une absolue réussite, emballante, électrisante, percutante, impressionnante.
Le masqué pourrait encore enquiller quelques superlatifs pour vous convaincre d'y aller, comme sauvage, bourrin et résolu.
Le récit a beau être des plus classiques, certains diront minimaliste, et traversé de quelques clichés, The Furious est si intense et rythmé qu'il fait passer la pilule ni vu ni connu. Et puis, en piquant quelques interprètes de The Raid, on était aussi certains que la maestria martiale serait de chaque instant. Tout comme le charisme du diabolique Yayan Ruhian, qui impose un personnage sportif déjà promis à la postérité, à l'image d'un duo animant The Raid 2. Tandis que le film impose en guise de héros sa propre version du taiseux Homme sans Nom.
The Furious annonce la couleur d'entrée de jeu, via une empoignade assurée par un personnage que l'on n'attendait pas et une cruauté provocant une certaine forme de malaise. Et de se dire que sa deuxième séquence de baston dans la rue, puis dans un bâtiment, pour ensuite se terminer en poursuite, déjà homérique, ne constituera pourtant qu'une simple mise en bouche, alors que le spectateur est déjà sur les genoux.
Mais The Furious ne constituera finalement qu'un crescendo assez incroyable qui ne faiblit jamais, qui essaye constamment de surpasser la dernière scène qu'il a porté à l'écran.
Un crescendo qui se pare, en vue de la préparation de sa dernière ligne droite, d'une certaine forme de folie furieusement bis, ainsi que d'une frénésie inarrêtable et d'une soif de sang qui caractérisait déjà Kill, un outsider réjouissant dans le genre en 2024. Avant de se jeter dans un affrontement dantesque et totalement fou dans un format inédit, du moins pour le masqué, dans un 2 contre 2 contre 1, dont l'élément perturbateur modifie constamment les rapports de force entre chaque belligérant au gré des séparations et des regroupements.
The Furious multiplie les pains comme il multiplie les chorégraphies sauvages et d'une dextérité étourdissante . Dommage qu'il n'ait pas de superpouvoirs pour faire de même dans la salle. Car le masqué, s'il a apprécié avec délice le grand spectacle bestial de l'oeuvre, il l'a fait au terme d'une séance privée. Et devant ce triste constat, il se dit que peut-être, devant une orgie aussi survoltée et décomplexée, vous auriez peur de tendre l'autre joue ?
Pourtant, de mémoire récente, se prendre une telle mandale dans la gueule n'a jamais été aussi bon.
Behind_the_Mask, l'âme des guerriers.