Vendu comme le successeur des The Raid (avec lesquel il partage d’ailleurs l’acteur martial Yayan Ruhian), The Furious répond effectivement à ce cahier des charges de film de tatane dont les chorégraphies donnent dans le coup qui fait bien mal.
Pour une telle débauche de violence, nul besoin donc d’un scénario qui ne soit autre chose qu’un prétexte. Chez Gareth Evans on était sur le nettoyage d’une cité, puis d’un gang plus large dans le second film, ici on va directement au plus vil et on s’attaque à un réseau de pédo-prostitution. De quoi poser des enjeux clairs et on ne peut plus manichéens, suffisant pour que le spectateur soit bien heureux de voir les bad guys se faire démolir le tronche de la plus belle des manières. Mais si le scénario n’est qu’un vecteur pour dérouillées, il n’en oublie pas pour autant de créer une véritable connexion émotionnelle pour notre protagoniste muet et sa fille, leur alchimie fonctionnant à merveille dans l’intro et donnant d’autant plus l’envie au spectateur de voir les raclures criminelles morfler. Un point qui échappait au modèle gallo-indonésien, indisposé à susciter l’empathie pour quelque parti que ce soit autrement que par la douleur physique.
The Furious, en bon film d’arts martiaux, propose des combats au cordeau, où la caméra permet à chaque coup de véritablement porter, et à chaque déplacement de coûter à son auteur. Kenji Tanigaki donne dans la variété, que ce soit par le style de combat propre à chacun, les fluctuations dans le nombre d’adversaires en lice en même temps, ou la multiplication des champs de bataille bien distincts les uns des autres (mention spéciale à la conclusion de l’introduction, à l’arrière d’un camion). De quoi faire monter la sauce pendant une bonne heure et demie, avec toutes les réjouissances du ballet mis devant nos yeux (la grande nouveauté que j’ai ici repéré, ce sont ces déplacements d’un ennemi à l’autre en glissant sur le sol via appuis sur chevilles - difficile à décrire par des mots, évident une fois vu à l’écran).
Sauf que The Furious dure 1h53. Comme pour The Raid 2, on aurait pu amputer une bonne vingtaine de minutes du métrage pour éviter l'essoufflement (ici, on aurait bien fait abstraction de la scène de libération assez brouillonne). Mais cela relève du chipotage tant l'œuvre de Tanigaki est généreuse et déborde de séquences hallucinantes de créativité dans l’art de réparer les torts à la force des membres. Et c’est bien ce qu’on demande aux films de cet acabit qui sont plutôt rares dans leur extrémisme (récemment ne me vient que City of Darkness).
The Furious est dans le haut du panier, et je suis bien heureux de voir qu’il bénéficie d’une exploitation propre, en France comme à l’international, de quoi donner goût aux béotiens de la castagne asiatique, bien plus énervée que son ersatz hollywoodien : John Wick.