Il sera question dans cette critique du film The Furious, nouveau grand film d’action dans la lignée de The Raid avec encore une fois une partie de l’équipe de The Raid.
À la différence notable que ce n’est pas un film indonésien mais un film hongkongais.
Il est important de noter ces différences parce qu’elles vont avoir une grande importance dans mon ressenti global du film.Avant, petit résumé qui va être très rapide parce que bon le scénario c’est un post-it : un père de famille muet voit sa fille se faire enlever sous ses yeux et il va tout faire pour la récupérer.
Et après bagarre, bagarre, bagarre et bagarre.
Je pense que c’est le résumé le plus objectif possible pour ce film et c’est pas une critique bien entendu, on ne va pas regarder ce genre de film pour le scénario. Ça peut arriver, il y en a qui ont de très bons scénarios.
Mais là en l’occurrence tout le monde sait ce qu’il va chercher : juste des grosses scènes de baston.
Tout le reste n’est qu’un prétexte et le film en a totalement conscience. L’enlèvement se fait dans les 10 premières minutes après avoir introduit l’organisation antagoniste avec quelques scènes d’action.
Et l’enlèvement en lui-même est aussi une scène d’action.
Donc à ce niveau-là que vaut-il ?
Et bien c’est de l’excellent dans la chorégraphie. Chaque scène utilise à merveille chaque décor et chaque compétence martiale de ses acteurs.
Compétences qui sont plutôt variées, des styles de combat différents qui sont vraiment visibles à l’écran, on arrive à voir les différences entre les styles de combat.
L’inventivité de certaines scènes est juste monstrueuse.
Il faut quand même se rendre compte que le combat final est un combat à 5 où il y a d’un côté les deux méchants et de l’autre les deux gentils et entre les deux un mec neutre qui en veut aux deux côtés.
Donc c’est une baston à 5 qui est du quasiment chacun pour sa peau.
D’ailleurs quand cette même scène se sépare en deux groupes, l’un va avoir un 1v1 pendant que les trois autres vont continuer de se battre ensemble.
Ils ont chacun une raison de taper les deux autres ce qui donne des mouvements juste dingues.
Et surtout les trois ont vraiment des styles de combat très différents.
Il y a une sorte de poids lourd il fait un peu du kung-fu mais en même temps avec des bribes de sumotori.
Il y en a un qui fait du kung-fu tout simplement et le troisième qui fait du muay thaï.
Cette scène c’est pas pour rien que c’est la grosse baston finale parce que très clairement elle est monstrueuse et je pourrais dire ça de chacune des scènes du film sauf peut-être le segment dans le bâtiment où il sauve les enfants.
Je dois bien avouer que dans ce segment j’ai été déçu de l’action.
Surtout qu’il y a des centaines de mecs qui rentrent dans le bâtiment pour aller fumer les personnages et en concrètement la baston c’est juste les deux personnages principaux qui tiennent une palette devant eux en empêchant les autres de passer.
J’aurais bien vu une scène à la Old Boy ou à la The Raid.Et la transition est toute faite parce que je vais enfin attaquer peut-être ce qui m’a dérangé dans ce film.
Il a des allures de films indonésiens et on sait que là-bas depuis l’émergence de tous ces artistes martiaux qui font du silat et le succès de The Raid ils sont les spécialistes du film de baston extrêmement violent.
Des films crasseux, des films pouilleux souvent fauchés mais avec des chorégraphies extrêmement violentes.
Ce film a les premiers ingrédients : il est plutôt crasseux et clairement le budget doit pas être énorme vu les décors dans lesquels ils tournent mais il manque l’ingrédient principal : l’extrême violence.
Alors il y a de la violence, il y a du sang, il y a des coups qui sont très semblants.
Mais c’est là que tu vois que ce n’est pas le cinéma indonésien. Il ressemble mais il y a une variante qui te rappelle que ce n’est pas indonésien mais bien hongkongais.
Ce n’est pas un film de combat mais un film de chorégraphie.
Et ça c’est typiquement le cinéma de Hong Kong. Il existe des films violents mais globalement le cinéma à Hong Kong met en avant l’artiste martial pas forcément la cohérence ou la pertinence de la scène.Et donc forcément je vais le comparer à la référence du genre à savoir The Raid pour vous montrer en quoi The Furious m’a laissé sur ma faim.
Dans The Raid les personnages se battent pour leur vie et tu le ressens. Chaque combat est un combat à mort et tu vois les morts et il y a des morts.
Chaque coup semble faire ultra mal et chaque fin d’enchaînement est faite pour te tuer.
L’utilisation d’objets est faite pour te tuer.
Et même le décor est constitué autour d’un fait : le combat doit paraître réaliste, il faut oublier la chorégraphie même si tu vois qu’il y en a.
Ça c’est The Raid. Dans The Furious, de par son héritage du film de Hong Kong, c’est le contraire : la chorégraphie prime sur tout.
Et quand c’est un film de Hong Kong traditionnel ça ne me pose pas de problème parce qu’ils ont aussi leur code visuel. Par exemple récemment on a eu City of Darkness.
Et le film était excellent, j’ai adoré, mais lui est un pur film de Hong Kong dans sa structure et dans son visuel.
Alors que The Furious lorgne complètement vers le film indonésien et vers The Raid.
Donc tu as l’impression de voir The Raid mais avec des personnages qui font tout pour ne pas se tuer alors que tout devrait s’y prêter.
On parle quand même d’enlèvement d’enfant et de meurtre d’enfant.
Donc le père de famille devrait être ultra vénère et on devrait avoir des scènes aussi viscérales que dans les films de Gareth Evans.
Sauf que non et c’est là mon problème.J’ai vu la chorégraphie mais je n’ai pas vu l’intensité des combats. J’ai admiré le boulot pour trouver des façons d’amener chaque scène et chaque mouvement mais au final chacune de ces scènes m’a laissé à l’extérieur.
J’ai regardé un beau spectacle martial alors que j’aurais dû voir une vengeance hardcore.Autre exemple de ce côté un peu sage finalement : c’est le sort réservé aux méchants.
Le méchant final il meurt parce que le héros l’a tapé un peu trop fort sur le visage.
Mais après coup.
Il a presque une sorte de mort poétique alors que le mec est responsable de la mort de plusieurs dizaines d’enfants et c’est un trafiquant d’enfants.
Donc on aurait aimé voir une mort plus satisfaisante, plus barbare presque.
Et là l’exemple que je vais prendre c’est un autre film indonésien qui s’appelle L’Ombre rebelle qui a à peu près le même méchant : un trafiquant d’enfants et un tueur d’enfants.
Et à la fin du film l’héroïne quand elle le confronte elle le détruit mais vraiment sa mort elle est hardcore.
Elle lui crame la gueule, elle lui arrache des doigts et je crois même autre chose.
Vraiment le méchant il se fait dépouiller.
Et c’est satisfaisant parce que c’est une ordure.
Dans The Furious il y a pas cette satisfaction.
Parce que le film, j’ai l’impression encore plus parce qu’il est de Hong Kong mais parce qu’il doit être distribué à l’international avant tout, il a ce syndrome film d’action américain.
Il est trop propre.
Je vous dis par exemple on voit la mort d’un enfant mais elle est soft et en arrière-plan.
On apprend que la femme d’un des deux héros a été tuée par les méchants et qu’elle aurait souffert atrocement.
Mais ça on ne le voit pas, il y en a même pas une idée de ce qu’elle aura pu vivre.
Donc quand le personnage confronte celui qui l’a tué et bien on a pas l’impact émotionnel et en plus on a pas l’impact des coups non plus.
Pourtant c’est sans doute le combat le plus violent du film.
Niveau réalisation par contre là il faut applaudir. En plus d’avoir mis en scène des chorégraphies très complètes et vraiment encore une fois chapeau aux artistes, le réalisateur les sublime complètement.
Il arrive à te filmer des choses qui sont proprement incroyables.
Il arrive à mettre en valeur chacun des mouvements, chacun des acteurs.
Donc ouais j’ai un ressenti pas mitigé mais c’est comme si vous venez de manger dans un bon restaurant : l’entrée était super, le plat principal était merveilleux mais le dessert bah c’était un vulgaire pain au chocolat congelé fait au four.Ça manque de la cerise sur le gâteau quelque part. Il a voulu ressembler à la référence mais il n’a pas compris pourquoi la référence est la référence.
Alors en termes de chorégraphie là par contre vous verrez pas quelque chose d’aussi fou dans le cinéma indonésien ça c’est sûr mais en termes d’intensité et de ressenti les deux films The Raid l’enterre complètement.
Pour autant je vais vous le conseiller c’est un excellent film de baston là il y a rien à dire mais j’en attendais plus parce qu’il avait tout pour faire plus.
Et surtout il se prétendait être dans la lignée de quelque chose qui fait plus.
Donc voilà finalement c’est juste un ingrédient qui m’a manqué pour vraiment mettre ce film au niveau des plus grands films de combat.
Merci d’avoir lu.