Trop c'est trop, "The furious" c'est un peu au cinéma ce que "Les grands buffets" sont à la gastronomie. Il y a trop de choix, trop de bouffe et trop de tout ce qui conduit le pauvre client à ne plus savoir où il en est, à une certaine frustration et finalement à un réel agacement. Ben on n'est pas tous des consommateurs qui s'ils le pouvaient, mettraient des ridelles à leurs assiettes pour en avoir toujours plus et bien rentabiliser la sortie. On n'est pas tous égaux devant une telle profusion de nourriture, à la limite de l'indécence, quand en France trop de gens crèvent la dalle.
Tout ça pour dire que le film est excessivement généreux mais que finalement il ne touchera que les boulimiques ou les spectateurs pas trop exigeants. En effet, ces bastons chorégraphiées avec des gestes ou des mouvements impossibles, des coups de tatanes de grizzlys à tuer instantanément celui qui en reçoit un seul ou la durée de certains affrontements mettent largement à mal la suspension d'incrédulité et la patience du spectateur.
Avec une scène pré-générique où une nana de 50 kilos tient la dragée haute à 4 brutasses (meetoo aurait-il aussi perverti le cinéma asiatique ?), les premiers doutes s'installent déjà.
Heureusement, ça continue un peu plus calmement avec un protagoniste muet dont l'hygiène de vie, l'humilité et la simplicité nous le rendent immédiatement sympathique.
D'ailleurs, dès la première grosse scène avec le camion, il fait preuve d'une pugnacité et d'une résistance hors du commun. Une fois encore, avec tout ce qu'il prend dans la tronche, le doute commence à sérieusement s'installer. D'autant plus qu'on comprend très vite que compte tenu de l'inaction des uniformes, il va devoir se démerder seul.
Ce qu'il fait d'ailleurs très bien avec son marteau (un souvenir ému à "The horseman") jusqu'à rencontrer un mec, aussi bon combattant que lui, qui a infiltré le gang des gros fils de pute de trafiquants d'enfants. C'est donc deux experts en éradication de masse de méchants qui vont continuer leur enquête afin de retrouver les gosses disparus.
Le film prend alors son élan pour nous infliger toute sa démesure dans un double climax de 7 minutes contre une marmule indestructible et un taré équipé d'un fusil à pompe (qui louperait d'ailleurs un mammouth dans un couloir). Ambiance…
La libération des gniards se réalise et de nouveaux protagonistes riches et puants nous sont présentés en parallèle d'une nouvelle baston homérique à 50 contre deux avec des cascades encore plus invraisemblables que les précédentes. Contre l'avis d'un commandant qui semble fricoter avec les ploutocrates, la maréchaussée finit par intervenir et tout ce beau monde se retrouve au commissariat où le massacre final va pouvoir se dérouler devant nos rétines passablement fatiguées.
Bien sûr, la surenchère ne va pas s'arrêter en si bon chemin et le fight final va s'étirer sur près de 20 minutes (si, si) de mandales géantes, d'une chute de 10 mètres sans effet de dislocation sur les squelettes, de coups de katanas ou de vélos et d'étranglements divers. Pitié, n'en jetez plus !
Lorsque cette overdose se termine, la conclusion larmoyante au son des violons typique de presque tous les films asiatiques d'aujourd'hui arrive enfin pour soulager nos cornées endommagées.
Donc, oui c'est généreux, c'est spectaculaire et c'est d'une violence gore rare. Mais dans son ensemble ça ne prend pas et pour rester dans la métaphore culinaire, c'est tellement outrancier que ça déclenche un peu l'effet du dernier "After Eight" dans le sketch du "Sens de la vie".